Le royaume de Jordanie, fragile barrage au « plan de paix » de Trump

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Manifestation contre le plan Trump près de l’ambassade américaine à Amman (Jordanie), le 7 février 2020.
Manifestation contre le plan Trump près de l’ambassade américaine à Amman (Jordanie), le 7 février 2020. MUHAMMAD HAMED / REUTERS

Dans l’épreuve, les Jordaniens ne manquent pas d’humour. Pour désigner le fameux plan Trump, qui prétend régler le conflit israélo-palestinien, ils ne parlent pas de « safqat al-qarn », version arabe du « deal du siècle », cher au président américain, mais de « safa’at al-qarn » : la « gifle du siècle ».

A la lecture de ce document, pétri de l’idéologie coloniale du Grand Israël, qui a été dévoilé fin janvier à la Maison Blanche, les sujets du royaume hachémite, qui sont pour moitié d’origine palestinienne, ont été autant outrés que leurs voisins de Cisjordanie et de Gaza. En accordant à ces derniers un ersatz d’Etat, privé de Jérusalem-Est et de la vallée du Jourdain − un territoire appelé à être annexé par Israël – le plan américain « cherche à liquider la cause palestinienne », tempête Khaled Ramadan, un parlementaire.

Inquiétude existentielle

Mais dans les rues d’Amman, le sentiment d’affront, ressenti dans tout le monde arabe, se double d’une forme d’inquiétude existentielle. On redoute ici que le blanc-seing offert par l’administration américaine à Benyamin Nétanyahou, premier ministre israélien, ne ressuscite une vieille lubie de la droite nationaliste israélienne : « l’option jordanienne », soit la délocalisation de l’Etat palestinien à l’est du Jourdain. Un épouvantail pour la dynastie hachémite qui, dans un tel scénario, verrait sa base politique, les Jordaniens de souche, devenir largement minoritaire.

« Ce plan a été conçu pour être rejeté, professe Marwan Muasher, ancien ministre des affaires étrangères du royaume, qui fut le premier ambassadeur jordanien à Tel Aviv, après l’accord de paix entre les deux pays signé en 1994. La direction israélienne ne veut pas d’un Etat palestinien, et, en même temps, elle ne veut pas d’une majorité arabe entre la Méditerranée et le Jourdain, poursuit-il. Elle rêve de régler ce dilemme aux dépens de la Jordanie, soit par un transfert forcé de population, soit en poussant Amman à administrer les territoires de Cisjordanie dont elle n’a pas besoin. »

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Le roi Abdallah a logiquement dit non. A l’inverse d’un grand nombre de ses pairs arabes, notamment les dirigeants saoudiens, émiratis et égyptiens, qui ont réagi de manière très embarrassée à l’initiative américaine, le monarque jordanien l’a rejetée sans ambiguïté. Le communiqué du ministère des affaires étrangères, poli mais ferme, est tombé juste une heure après le show Trump-Nétanyahou, au cours duquel le plan avait été présenté.

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