« La Chine politise la question de la santé en privant Taïwan d’un accès aux informations »

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A Taipei, le 30 janvier 2020.
A Taipei, le 30 janvier 2020. SAM YEH / AFP

Mardi 4 février, Taïwan, qui compte dix cas de contamination au coronavirus, a accusé la Chine par le biais de la porte-parole de son ministère des affaires étrangères, Joanne Ou, de « placer les considérations politiques avant la santé et la sécurité des gens, ce qui est extrêmement vil ». L’île, qui est indépendante de facto mais n’est pas reconnue par les Nations unies, n’a pas été autorisée à participer aux réunions techniques récentes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ce qui l’empêche de disposer à temps d’informations cruciales sur la maladie.

Stéphane Corcuff, enseignant chercheur à Sciences Po Lyon, et chercheur associé au Centre d’études français sur la Chine contemporaine de Hongkong, estime que la Chine « politise la question de la santé en privant Taïwan d’un accès aux informations sur le virus ».

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A quelle situation Taïwan est-elle confrontée avec la propagation de l’épidémie due au coronavirus ?

La 246e session du bureau exécutif de l’OMS s’est ouverte hier, jusqu’au 8 février. Et Taïwan ne peut pas y participer. Or, Taïwan, par sa situation géographique, ses liaisons économiques et sociétales avec la Chine, est très exposée. Il y a des Taïwanais partout en Chine – et au moins 400 enregistrés à Wuhan. Or, la Chine politise la question de la santé en privant Taïwan d’un accès aux informations sur le virus. L’OMS prétend le contraire, et que Taïwan a bénéficié des informations par la Chine.

Le gouvernement taïwanais dit qu’il ne reçoit aucune information directement et n’a été invité à aucune des réunions techniques d’urgence qui se sont tenues le 22, le 23 et le 30 janvier. C’est le 30 janvier que l’OMS a décidé de désigner le coronavirus comme une « urgence de santé publique de portée internationale ». Taïwan se retrouve assimilé à la Chine continentale par les pays qui bloquent les arrivées de ce pays, comme l’Italie. Le Vietnam avait fait de même mais a finalement ôté Taïwan de la liste.

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Quel est l’état des relations entre Taïwan et l’Organisation mondiale de la santé ?

Historiquement, la République de Chine [nom officiel de Taïwan] a été membre fondateur de l’OMS en 1948. Ensuite, elle a été expulsée de l’ONU en 1971, mais a été autorisée entre 2009 et 2016 à participer en tant qu’observateur aux assemblées de l’OMS, dans le cadre d’une politique de rapprochement avec la Chine menée sous le président Ma Ying-jeou [2008-2016].

C’était aussi l’une des conséquences de la crise du SRAS [en 2002-2003], au cours de laquelle Taïwan a déjà cruellement manqué d’informations sur le virus. Depuis 2016 et l’élection de Tsai Ing-wen, la Chine a bloqué sa participation aux assemblées mondiales de la santé. Mais Taïwan a pu participer à des réunions techniques, sans insister sur son statut d’Etat souverain : entre 2009 et 2019, sur les 197 requêtes faites par Taïwan dans ce sens, seules 57 ont été acceptées.

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