Les Britanniques et le Brexit, de la colère à la résignation

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Un journal avec le titre : Bréxit: jour de Farce.

2016.

Le 23 juin, 51,9 % des Britanniques se prononcent pour que le Royaume-Uni quitte l’Union européenne. Au congrès du Parti conservateur, Theresa May s’impose en championne d’un « Brexit dur » et fixe des lignes rouges : sortie du marché unique, fin de la libre circulation entre l’UE et le Royaume-Uni et de la compétence de la Cour de justice de l’UE, sortie de l’union douanière : « Pas d’accord vaut mieux qu’un mauvais accord ». Une position qu’elle devra, ensuite, partiellement abandonner.

Ed Alcock / M.Y.O.P.

Mark Whayman et Edward Riohorn à Llangennech (pays de Galles).

Les deux hommes ont voté pour quitter l’Union européenne. Selon Mark Whayman, « il n’y a que des menteurs », à Westminster comme à Bruxelles. « Si l’on avait dit la vérité aux gens, ils auraient voté différemment. »

Ed Alcock / M.Y.O.P.

Elga, 84 ans, dans le village de Clapham (Yorkshire).

Elle a voté « Remain » lors du référendum parce que « l’UE a réussi à empêcher la guerre en Europe pendant les soixante-dix dernières années ». La région de Craven (Yorkshire) a voté 52,83 % pour le « Leave ».

Ed Alcock / M.Y.O.P.

Robert Lawton, 75 ans, près de Marlborough (Wiltshire).

Il vit dans sa ferme, entouré des 730 hectares de champs qu’il cultive. Il a voté pour quitter l’UE lors du référendum britannique. Il est convaincu que le Royaume-Uni se portera mieux libéré de la bureaucratie européenne.

Ed Alcock / M.Y.O.P.

Ashley Greenup, 56 ans, et son fils Darius, 18 ans, devant chez eux à Carlise (Cumbria).

Ashley est un fervent partisan du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) et a voté pour le « Leave », tandis que Darius a voté pour le « Remain » lors du référendum.

Ed Alcock / M.Y.O.P.

Chez les Greenup, à Carlisle (Cumbria).

Ed Alcock / M.Y.O.P.

Paul Griffiths à Llangennech (pays de Galles).

Il est métallurgiste chez Tata Steel à Port Talbot. L’usine dans laquelle il travaille est en difficulté économique en raison du dumping chinois sur les prix de l’acier. Le Royaume-Uni avait mis son veto à une proposition de l’UE d’augmenter massivement les droits d’importation pour l’acier chinois.

La une du « Times ». En titre : « Remaniement ministériel de (Theresa) May suggère un Brexit modéré. »

2017.

Après des mois de tergiversations, le gouvernement de Theresa May active l’article 50 du traité européen, qui permet de lancer les négociations de sortie de l’Union européenne. Les tractations seront ensuite des plus laborieuses, les exigences britanniques n’étant pas compatibles avec le souci exprimé à Bruxelles et Dublin d’éviter le retour d’une frontière dure entre l’Irlande du Nord, britannique, et la République d’Irlande, membre de l’UE. En juin, les législatives anticipées affaiblissent Theresa May, qui perd sa majorité absolue et va devoir dépendre des ultraconservateurs d’Irlande du Nord.

Ed Alcock / M.Y.O.P.

Bryan et Shirley Carter, (comté du Lancashire).

Eleveurs de moutons, ils ont voté pour le Brexit. Un an plus tard, ils sont confiants sur l’issue du Brexit, malgré l’effet potentiellement néfaste sur l’agriculture en Grande-Bretagne.

Ed Alcock / M.Y.O.P.

Ashley Greenup et son fils Darius, à Carlise (Cumbria).

Ils sont toujours divisés (Darius a voté « Remain », Ashley « Leave »), mais ils ont tous deux voté pour Theresa May lors des élections législatives parce qu’elle est, pour eux, la mieux placée pour négocier avec Bruxelles. Ashley est convaincu que la Grande-Bretagne sera plus forte en dehors de l’Union européenne.

Ed Alcock / M.Y.O.P.

Andrea Greenup, à Carlise (Cumbria).

Comme son mari, elle a voté pour le Brexit. Un an plus tard, elle regrette sa décision, indignée par les attaques verbales et physiques à l’encontre des résidents originaires des pays de l’est de l’Europe, qui se sont produites depuis le référendum.

Ed Alcock / M.Y.O.P.

Jeff Bailes, à Newcastleton (Ecosse).

Il n’a pas voté lors du référendum, car il ne croit plus en la politique. Un an plus tard, il est convaincu que le Brexit est une très mauvaise nouvelle pour le Royaume-Uni.

Ed Alcock / M.Y.O.P.

Michael Goldsmith à Port-Talbot (pays de Galles).

M. Goldsmith, qui travaille dans une usine pharmaceutique, ne décolère pas. Il avait voté « Remain » lors du référendum. Il dénonce la « stupidité » et la « naïveté » des Britanniques pro-Brexit.

Des anti-Brexit manifestent devant le Parlement britannique, dans le centre de Londres, le 15 janvier 2019, quelques heures avant le vote des députés sur l'accord de sortie négocié par Theresa May avec l'Union européenne.

2018-2019.

En 2018, sous la pression des Vingt-Sept, Theresa May est dans l’obligation d’abandonner la position d’un Brexit dur pour trouver un accord avec Bruxelles. Une partie de son camp dénonce la « trahison » du vote britannique. Le pays est divisé et certains sondages indiquent même une légère inflexion des électeurs en faveur d’un second vote, voire d’un maintien dans l’UE. En novembre, Bruxelles et Londres trouvent un accord qui doit être validé par le Parlement.

L’année qui suivra, un jeu de ping-pong s’installe entre Bruxelles et le Parlement britannique, qui rejette massivement le texte de l’accord, par trois fois. Fin mai, Theresa May démissionne et laisse la place à Boris Johnson, qui va de difficulté en difficulté. Néanmoins, ce dernier obtient une large victoire lors des élections anticipées, en décembre.

Phil Hatcher-Moore

Louise Stafford, 30 ans, à Liverpool, Merseyside.

Propriétaire d’un pub à Walton, elle a voté « Remain ». Selon elle, beaucoup des gens, dans son entourage, qui ont voté « Leave » ont changé d’avis car ils se sont sentis trahis. Durant la campagne, les partisans du « Leave » ont promis la réattribution des fonds versés à l’Union européenne au système national de santé. « Personne n’aime s’apercevoir qu’on lui a menti », lâche Louise.

Phil Hatcher-Moore

Kirsty Hunt, 33 ans, à Liverpool (Merseyside).

Le quartier d’Anfield, dans lequel elle vit et travaille, est l’un des plus pauvres de la ville. Elle a toujours voté pour les travaillistes, d’abord pour faire comme ses parents, puis, en s’informant, elle s’est convaincue que le Labour défend « les meilleures idées » pour les gens comme elle.

Philip Hatcher-Moore

Olivia Tillston, 23 ans, à Prescot (Meyerside).

La jeune femme dirige un laboratoire photo dans le centre de la ville. Elle ne veut pas de deuxième référendum et pense que le gouvernement se doit d’écouter ce que le peuple a exprimé lors du référendum. Elle ne se souvient plus ce qu’elle a voté, mais pense que le Royaume-Uni aurait mieux fait de rester dans l’UE, car, selon elle, « nous sommes plus forts ensemble ».

Philip Hatcher-Moore

John Morris, 40 ans, à Liverpool (Merseyside).

Ce vendeur de confiseries dans le marché Kirby n’a pas voté en 2016, car cela ne lui paraissait pas important. Il aurait d’ailleurs certainement voté pour le Brexit, influencé par tout ce qu’il entendait autour de lui. Aujourd’hui, il est un fervent défenseur du « Remain ». Il a noté une augmentation des prix des produits qu’il vend, qu’il attribue à la prochaine sortie de l’UE. M. Morris regrette de ne pas s’être rendu compte, à l’époque, de l’importance de son vote.

Philip Hatcher-Moore

Tommy McKearney, 66 ans, à Newry (Irlande du Nord).

M. McKearney est un ancien membre de l’Armée républicaine irlandaise (IRA), il n’a pas voté lors du référendum, car il vit maintenant au sud de la frontière. Il se souvient avoir transporté des armes à travers la frontière entre le Nord et le Sud. Il se demande si la paix est menacée par le Brexit. Trois de ses frères sont morts durant le combat. Il a fait de la prison et a pris part aux grèves de la faim. Il a peur d’un retour de la violence, qui a laissé chez lui des blessures profondes.

Philip Hatcher-Moore

Wendy Masson, 36 ans, à Peterhead (Ecosse).

Mme Masson ne sait plus quoi penser, ni pour qui voter. Elle élève des porcs avec son mari et se dit perdue face aux mensonges et aux discours contradictoires, qui l’empêchent d’y voir clair avant les élections générales. Elle regrette que « le gouvernement n’écoute pas le peuple » et ne comprend pas pourquoi le pays n’est pas encore sorti de l’UE. Elle a voté pour le « Leave » lors du référendum et pour l’indépendance de l’Ecosse en 2014. Elle est convaincue qu’un pays indépendant, en dehors de l’Europe, encouragera les gens à « acheter local ».

Ed Alcock / M.Y.O.P.

James, à Glasgow (Ecosse).

Cet ingénieur en construction à la retraite vit à l’ouest de la ville. Il a voté pour le Parti travailliste lors des dernières élections générales et s’est opposé à l’indépendance de l’Ecosse. Il pense que les membres du Parti national écossais sont idéalistes, mais pas réalistes, car Boris Johnson ne leur donnera jamais une autre chance pour un référendum.

Ed Alcock / M.Y.O.P.

Iullia Rabtsun, 38 ans, et ses enfants Matviey et Lisa, dans le quartier de Carhill de Glasgow (Ecosse).

Iullia, immigrante ukrainienne, est en faveur de l’indépendance de l’Ecosse, mais ne peut pas voter car elle est seulement résidente au Royaume-Uni. Ses enfants, qui sont nés au Royaume-Uni, sont britanniques.

Dans

2020.

Près de quatre ans après le référendum, l’accord sur le Brexit, renégocié par Boris Johnson, est définitivement validé par la Chambre des communes, le 9 janvier. Le 23, la reine approuve « la loi sur l’accord de retrait de l’UE ». Le 31 janvier, le Royaume-Uni sort officiellement de l’Union européenne.

Ed Alcock / M.Y.O.P.

Isabelle, à Oxford (Oxfordshire).

Cette étudiante en sciences politiques, philosophie et économie au Worcester College était trop jeune pour voter lors du référendum de 2016. Elle s’inquiète de ses perspectives après le Brexit et craint qu’il ne soit pas aussi facile qu’auparavant de travailler dans l’UE, même pour des étudiants comme elle, issus de la prestigieuse université d’Oxford.

Ed Alcock / M.Y.O.P.

Shredda Patel, à Londres.

Etudiante en première année d’anthropologie à l’université Brunel, à 30 km à l’ouest de Londres, elle est convaincue que le vote du Brexit était fondamentalement un vote raciste. Elle affirme que l’Angleterre est devenue un « shithole » et conseille aux étrangers de ne pas venir s’y installer.

Ed Alcock / M.Y.O.P.

Lucin Gheorghica, à Londres.

Cet étudiant roumain en sciences de la vie bénéficie d’une bourse de l’UE pour couvrir ses frais de scolarité. Sans en être certain, il espère que sa bourse sera maintenue malgré le Brexit.

Ed Alcock est originaire de Norwich, dans le comté de Norfolk, Phil Moore de Leamington Spa dans le Warwickshire, au Royaume Uni. Le premier vit à Paris depuis vingt ans et a demandé sa nationalité française le lendemain du référendum en 2016. Le second a décidé de se reconnecter avec son pays d’origine, après l’avoir observé pendant des années depuis l’étranger.
Ils sont, depuis juin 2016, nos envoyés spéciaux au Royaume-Uni. D’Aberdeen en Ecosse, au pays de Galles, en passant par le parvis de Westminster, Ed Alcock et Phil Moore ont, pendant quatre ans, tiré le portrait et recueilli les mots de ceux qui sont déçus par l’Europe ou en colère contre le Royaume, mais tous résignés à quitter l’UE le 31 janvier. Voici une sélection de témoignages et de portraits réalisés de 2016 à 2020.

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