« Parasite » ou l’art coréen de se démarquer

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<p>Bong Joon-ho (au centre) et les acteurs de son film <i>Parasite</i> lors de la soirée des Screen Actors Guild Awards, le 19 janvier, à Los Angeles.</p>

Bong Joon-ho (au centre) et les acteurs de son film Parasite lors de la soirée des Screen Actors Guild Awards, le 19 janvier, à Los Angeles.

Jordan Strauss/AP/SIPA

Il y a quelques semaines, Jin-young Sung, la ­responsable des relations publiques du centre culturel coréen de Los Angeles, était invitée à un goûter d’enfants avec son fils de 7 ans. « Il n’y avait que des Blancs, mais tout le monde parlait de Parasite ! », dit-elle, ébahie par le phénomène suscité par le dernier film du Sud-Coréen Bong Joon-ho, sorti aux États-Unis le 11 octobre.

Avec 30 millions de dollars de recettes sur le sol américain (et plus de 160 millions dans le monde), cette satire grinçante sur la lutte des classes est devenue le septième plus gros succès de l’histoire pour un film en langue étrangère. Un exploit pour un film sous-titré et au casting inconnu du public américain. « Du jamais-vu », pour Jin-young Sung.

Depuis qu’il a reçu la Palme d’or à Cannes, en mai 2019, Parasite a connu une spectaculaire ascension qui l’amène aujourd’hui au seuil de la récompense suprême : l’Oscar du meilleur film, qui sera décerné le 9 février. Premier long-métrage coréen à être nommé dans cette catégorie, Parasite concourt également pour les prix du meilleur réalisateur, meilleur scénario, meilleur décor, meilleur montage et meilleur film étranger. Et fait figure de favori.

Le résultat d’un travail de longue haleine qui couronne la percée progressive du cinéma hybride de Bong Joon-ho, qui avait déjà connu le succès en 2013 avec Snowpiercer, distribué par la Weinstein Company, puis en 2017 avec Okja, dans la Sélection officielle à Cannes et diffusé par Netflix.

En sous-main, la vague Parasite est l’aboutissement pour la Corée du Sud de deux décennies de politique culturelle pour renforcer son industrie cinématographique. Celle-ci a été étouffée dans les années 1980 par les films hollywoodiens, qui ont profité de l’ouverture du pays après des années de restrictions et de censure pour squatter les salles obscures au détriment des productions locales.

Quotas et exception culturelle

Aujourd’hui la Corée du Sud se classe cinquième en termes de recettes en salles (après les marchés américano-canadien, chinois, japonais, britannique, et juste devant le français). Le pays encourage, depuis vingt ans, son cinéma à coups de gestes politiques forts. En 1999, une loi « pour la promotion des industries culturelles », accompagnée de la création d’un fonds spécial de 250 milliards de wons (212 millions de dollars) sur cinq ans, marque le lancement d’une série de mesures visant au développement des diverses branches du divertissement coréen. Surtout, depuis le début des années 2000, un système de quotas (chaque salle doit au minimum projeter un film coréen 73 jours par an) restreint fortement la présence des films étrangers.

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