« J’ai l’impression d’être un citoyen de seconde zone qui doit justifier son existence »

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A Londres, le 31 janvier 2020.
A Londres, le 31 janvier 2020. GLYN KIRK / AFP

Il y a ce vieux monsieur de 90 ans, installé au Royaume-Uni depuis 1961, qui n’a pas les documents nécessaires : « Je m’en occuperai fin 2020, si je suis encore en vie. » Il y a aussi cette femme de militaire britannique, furieuse : « Mon mari a servi dans les forces armées pendant trente-deux ans. Il est honteux que je doive déposer une demande pour rester dans ce pays. »

Il y a enfin cette impression dominante d’être soudain rejeté par son pays d’adoption. « Ça fait vingt-six ans que je vis au Royaume-Uni, plus longtemps que dans mon pays de naissance. Je m’étais toujours senti pleinement intégré (…) et maintenant, j’ai l’impression d’être un citoyen de seconde zone, qui doit justifier son existence. »

Se régulariser

Les 3,7 millions d’Européens qui vivent au Royaume-Uni ne décolèrent pas. Certes, aucun d’entre eux ne sera expulsé avec le Brexit. Leur statut et leurs droits – ainsi que ceux du million de Britanniques vivant dans l’Union européenne – sont garantis par l’accord de retrait de l’UE. Mais ces millions de personnes doivent officiellement se régulariser, en demandant auprès du ministère britannique de l’intérieur leur « settled status », sorte de permis de résidence créé pour l’occasion.

« Leur principale réaction, surtout pour ceux qui sont installés ici depuis des décennies, est de dire : je vis ici, c’est chez moi, pourquoi est-ce que je dois me justifier ? »

Cette procédure administrative provoque de vives réactions, comme le montre l’étude de Tanja Bueltmann, chercheuse à l’université de Northumbria, d’où sont tirés les exemples mentionnés dans cet article. Celle-ci a interrogé un échantillon de 3 100 Européens du Royaume-Uni. « Leur principale réaction, surtout pour ceux qui sont installés ici depuis des décennies, est de dire : je vis ici, c’est chez moi, pourquoi est-ce que je dois me justifier ? » Les mots qui reviennent le plus souvent dans les commentaires qu’elle a reçus sont « colère », « anxieux », « rejeté », « humilié », « trahi »… Il y a aussi les vrais récalcitrants. Dans l’étude, 10 % des personnes refusent de demander leur « settled status », « par principe ».

Le ministère de l’intérieur britannique a pourtant fait des efforts. Un nouveau dispositif, allégé, a été mis en place. Dans la majorité des cas, la demande peut se faire sans envoyer aucun document par voie postale, mais simplement en scannant son passeport depuis une application mobile.

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