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« Cette législature ne peut plus continuer ». D’un ton implacable et sans détour, le président du gouvernement catalan, le séparatiste Quim Torra (membre du parti Ensemble pour la Catalogne, JxC), a entériné sa rupture avec les indépendantistes de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), lors d’une allocution imprévue, mercredi 29 janvier. Il convoquera donc des élections anticipées à une date encore confuse, mais seulement une fois « approuvé le budget par le parlement catalan », a-t-il précisé. Pas avant le printemps, donc.
La division au sein de la coalition indépendantiste au pouvoir, entre ERC et JxC, n’était un secret pour personne en Catalogne. Elle a finalement atteint un point de non-retour lundi 27 janvier, lorsque le bureau du Parlement catalan a exécuté la décision de la Commission électorale centrale (JEC), avec l’assentiment de ERC, et relevé M. Torra de ses fonctions de député, même s’il conserve, à ce stade, la présidence du gouvernement catalan.
Cette décision faisait suite à sa condamnation à dix-huit mois d’inéligibilité, prononcée en décembre 2019 par le Tribunal supérieur de justice de Catalogne, pour avoir refusé d’enlever du siège du gouvernement catalan des pancartes en soutien aux dirigeants indépendantistes emprisonnés, avant les élections législatives d’avril 2019.
« Positions stratégiques irréconciliables »
« Aucun gouvernement ne peut fonctionner sans unité, sans une stratégie commune et partagé, sans loyauté entre les partenaires », a affirmé M. Torra, accusant « la présidence du Parlement », aux mains de Roger Torrent (ERC) de « laisser la présidence de la Généralité dans la tempête » et « d’ouvrir la porte à l’interdiction d’exercer de [sa] personne ».
Alors que son parti prônait la désobéissance et que M. Torra refusait de renoncer à son statut de parlementaire régional, ERC s’est plié à la justice espagnole pour « ne pas mettre en danger la souveraineté du Parlement » en « pariant sur une désobéissance symbolique et stérile », qui donnerait « tout le pouvoir à l’Etat », comme l’a alors expliqué son porte-parole, Sergi Sabria.
La rupture dépasse largement le seul sort de M. Torra. « La stratégie politique de ERC vise un objectif indépendantiste à moyen ou long terme, sur la base du dialogue et du compromis, en cherchant à construire une vaste majorité et en dénonçant la répression. Le pari de JxC consiste à continuer à tendre le conflit, sans renoncer à la voie unilatérale et à la désobéissance. En ce moment, il s’agit de positions stratégiques irréconciliables », résume Gemma Ubasart, professeure de sciences politiques à l’université de Gérone. Lors du vote d’investiture du socialiste Pedro Sanchez à la tête du gouvernement espagnol, début janvier, JxC a ainsi voté contre, alors que ERC s’est abstenu, en échange de l’ouverture de négociations entre les gouvernements catalan et espagnol.
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