« Ce qu’il faut à l’UE après le Brexit, c’est que l’Angleterre l’aiguillonne, la stimule »

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Boris Johnson à la Chambre des Communes, à Londres, le 22 janvier 2020.
Boris Johnson à la Chambre des Communes, à Londres, le 22 janvier 2020. JESSICA TAYLOR / AFP

On le croyait saltimbanque, il s’est révélé stratège politique. C’est fort d’une large victoire aux législatives de décembre 2019, où il a enlevé aux travaillistes leurs places fortes ouvrières, que Boris Johnson s’apprête à mettre en œuvre sa promesse : « Get Brexit done » (« mener à bien le Brexit »).

On en connaît le calendrier : dans moins d’une semaine, le Royaume-Uni ne sera plus membre de l’Union européenne (UE), même s’il restera soumis à ses règles jusqu’à la fin de l’année ; et au 1er janvier 2021, il cessera de bénéficier d’un accès privilégié au marché communautaire, à défaut de nouveaux accords de partenariat qui restent à négocier, ou d’une extension de la transition, mais dont le premier ministre britannique ne veut pas entendre parler.

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Depuis trois ans, on n’a cessé de soupeser les différentes possibilités qui s’offrent à Londres, notamment l’option « canadienne » (un accord de libre-échange pour les biens, une ouverture partielle des marchés de service) et l’option « norvégienne » (une pleine participation au marché européen, en échange d’un alignement réglementaire et d’une contribution au budget). Mais Sajid Javid, le chancelier de l’Echiquier, vient de le dire sans ambages : le Royaume-Uni aura sa propre politique commerciale et sa propre politique réglementaire. Il ne sera pas un suiveur.

S’annonce ainsi un nouveau conflit avec les Vingt-Sept. Le 8 janvier, à Londres, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a en effet prévenu : la condition pour un accord de libre-échange sans tarif ni quotas, c’est un large alignement réglementaire. Plus le Royaume-Uni divergera de l’UE, plus son accès au marché sera restreint.

Marge étroite

La position britannique n’est pas très surprenante : il serait paradoxal, après avoir décidé de « reprendre le contrôle », comme le proclamaient les brexiters, de se contraindre à ne pas faire usage de cette liberté. Mais Boris Johnson fait face à une triple contradiction.

La première est géopolitique : si Londres pouvait espérer négocier une kyrielle d’accords de libre-échange dans le monde multilatéral policé de l’avant-2016, cela lui sera nettement plus difficile dans le monde transactionnel voulu par le président américain Donald Trump. Dans ce monde-là, le plus important est la force. Un marché de 66 millions d’habitants (contre 450 millions pour les Vingt-Sept) n’en donne pas beaucoup…

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