« Il n’est plus possible qu’un musulman tue un autre musulman ou un chrétien, on est du même sang »

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Baghdad, Irak, le 7/11/2019 

Des centaines de manifestants occupent le

LAURENT VAN DER STCOCKT POUR “LE MONDE”

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Publié aujourd’hui à 14h27, mis à jour à 15h11

Etudiant à l’université de Bagdad ou cireur de chaussures, ils occupent nuit et jour le « restaurant turc », cet immeuble désaffecté de douze étages surplombant la place Tahrir, à Bagdad, la capitale de l’Irak. Les jeunes irakiens y sont entrés le 24 octobre au soir, quelques heures avant la reprise des manifestations contre le pouvoir en place. Leur objectif, empêcher les snipers d’y prendre position. Car ils semblent convaincus que c’est de ce promontoire que des tireurs – dont l’identité pose encore question – ont fauché une partie des 157 manifestants tués pendant la première semaine d’octobre.

Des centaines de manifestants occupent le "restaurant turc", un immeuble abandonné de onze étages situé entre la place Tahrir et le pont al-Joumhouriya. Bagdad, Irak, le 7 novembre.
Des centaines de manifestants occupent le “restaurant turc”, un immeuble abandonné de onze étages situé entre la place Tahrir et le pont al-Joumhouriya. Bagdad, Irak, le 7 novembre. LAURENT VAN DER STOCKT POUR “LE MONDE”

Non seulement l’initiative s’est révélée efficace, mais elle a en plus engendré une situation inédite : ces milliers de jeunes ne peuvent pas être délogés sans que le pouvoir, déjà scruté par la communauté internationale, ne commette un carnage.

Sans l’existence de cette forteresse improvisée, la place Tahrir, cœur symbolique du mouvement de protestation nationale irakien, aurait facilement pu être matée.

Le photographe Laurent Van der Stockt a rencontré plusieurs de ces jeunes manifestants, figures de l’opposition au pouvoir, et a recueilli leur témoignage dans cet immeuble désaffecté. Parmi eux, Najim, 18 ans, originaire de la province de l’Anbar, est venu à Bagdad afin de « faire entendre les revendications du peuple pour libérer le pays des corrompus et des partis » :

En bas, sur les barricades, les manifestants ressemblent à de petits délinquants, agonissant d’injures les forces de l’ordre. Ils les harcèlent, dansent torse nu devant les fusils, debout sur le mur de béton qui les sépare de la « zone verte », cette enclave abritant le palais, le pouvoir, la richesse. Beaucoup sont blessés. Il y a eu plus de 460 morts depuis le début du mouvement de contestation. Sans eux, la place Tahrir n’aurait peut-être pas non plus résisté.

Tenir la place

En s’opposant au gouvernement et aux milices, ils savent qu’ils risquent l’arrestation ou la disparition. Personne ne saura qui les a enlevés ; c’est déjà arrivé à plusieurs d’entre eux qui avaient voulu regagner leur domicile. Si l’immeuble est attaqué, les assaillants ne seront sans doute pas identifiables : les uniformes s’échangent et ne déterminent plus l’appartenance à un corps d’armée ou à une quelconque force, garantissant ainsi leur immunité.

Ahmed a 13 ans, il vit à Bagdad (Sadr City) et s’est joint à la contestation pour demander les droits les plus basiques : de l’eau, de la nourriture et de l’électricité. II dénonce la violence de la situation : « Je porte un gilet pare-balles, qu’ai je fait ? Ils nous tirent dessus à balles réelles quand on réclame des choses essentielles qu’ils devraient nous procurer » :

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