Les Ukrainiens vent debout contre l’ouverture au marché de leurs terres

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Le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans le village de Krasna Slobidka (région de Kiev), le 18 décembre 2019.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans le village de Krasna Slobidka (région de Kiev), le 18 décembre 2019. AP

Le président ukrainien dit n’avoir pas entendu les « voix des agriculteurs » mais seulement « des slogans politiques ». Au lendemain d’une manifestation ponctuée de violences entre policiers et protestataires, mardi 17 décembre, devant le palais présidentiel de Kiev, au sujet d’un texte controversé sur la libéralisation des terres agricoles, Volodymyr Zelensky se sait en danger et appelle à l’apaisement pour éviter que la rue ne s’embrase. « Si nous voulons une vie meilleure, nous devons apprendre à parler, à nous respecter mutuellement et, enfin, à vivre ensemble. Les autorités, comme promis, introduisent des amendements à la loi foncière entre la première et la deuxième lecture après avoir écouté les Ukrainiens. Nous écoutons les gens », a-t-il assuré sur son compte Facebook.

A l’origine des heurts, qui ont fait près d’une vingtaine de blessés, essentiellement au sein des forces de l’ordre, une initiative aussi périlleuse qu’historique. Elle vise à soumettre les terres agricoles ukrainiennes aux lois du marché, permettant aux Ukrainiens d’acheter ou de vendre leurs terrains librement. Une première.

De l’ordre de 40 millions d’hectares de terres seraient concernés. Pour éviter que des oligarques et puissants magnats ne fassent main basse sur les « terres noires » (appelées ainsi en raison de leur richesse en humus) du pays, Volodymyr Zelensky a décidé cette semaine de limiter les achats à 10 000 hectares par acteur, contre 200 000 hectares auparavant. La vente, elle, est interdite aux étrangers, personnes physiques ou morales.

« Quelque chose de sacré »

Voilà pour les efforts et amendements destinés à « écouter les gens ». Il reste qu’en s’emparant de ce sujet, Volodomyr Zelensly s’attaque à un totem. « En Ukraine, la terre est considérée comme quelque chose de sacré », souligne Pavlo Klimkine, ancien ministre des affaires étrangères du gouvernement de Petro Porochenko (2014-2019).

A la chute de l’Union soviétique, en 1991, les kolkhozes d’Ukraine, « grenier à blé de l’URSS », ont été distribués en lopins aux fermiers. Près d’un quart est resté la propriété de l’Etat. Depuis, il est impossible d’acheter ou de vendre ces terres. Seulement de les louer à leurs propriétaires historiques ou à leur descendance. Une première tentative de libéralisation du secteur en 2001, sous la présidence de Leonid Koutchma (1994-2005), s’était révélée un échec.

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Le projet de loi, en cours d’examen à la Rada, le Parlement ukrainien, fait partie des réformes menées au pas de course par le jeune chef d’Etat (41 ans), élu il y a moins d’un an. D’inspiration libérale, l’ouverture au marché est réclamée par la communauté d’affaires comme par la Banque mondiale. « Une réforme agraire est nécessaire pour que les agriculteurs ukrainiens achètent et vendent des terres agricoles, accèdent au crédit, investissent et se diversifient, ainsi que pour que les propriétaires fonciers obtiennent un bon rendement pour leur bien le plus précieux », défend l’organisation de Washington, dans un communiqué publié le 9 novembre.

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