Prix du livre d’économie : les trois ouvrages sélectionnés

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  • Une déprime bien française

Le démographe Hervé Le Bras s’interroge : comment les Français peuvent-ils, la même année, se déclarer en quasi-totalité (94 %) heureux de leur sort, selon un sondage Eurobaromètre de mars 2018, et, six mois plus tard, applaudir la France des « gilets jaunes », qui occupent les ronds-points et saccagent les Champs-Elysées, en jetant leur souffrance à la face des nantis parisiens ? C’est pour répondre à cette question que l’amoureux des cartes et des statistiques a mené une enquête fouillée sur ce qui ressemble à une grande dépression nerveuse collective. Ne croyant ni dans les médias, ni dans les élites, ni dans les politiques ou les syndicats, les Français n’accordent plus leur confiance qu’à la police, l’armée et l’administration publique. D’où vient ce pessimisme indécrottable ?

Désertification, injustice…

Un à un, le scientifique passe en revue les suspects habituels. D’abord, les inégalités et la pauvreté. Mais les inégalités sont parmi les plus faibles en Europe et, depuis un demi-siècle, la pauvreté a nettement reculé. En 1970, 13 % des gens disposaient d’un revenu inférieur de 50 % au salaire médian. Ils sont 8 % aujourd’hui. Peut-être, alors, est-ce la santé ? Mais l’espérance de vie et la proportion de médecins sont plutôt favorables en France, par rapport à nos voisins. Même constat comparatif sur la famille, le logement ou la sécurité. Il n’y a pas beaucoup plus d’homicides ni moins de juges ou de policiers qu’ailleurs sur le Vieux Continent (hormis les pays de l’Est).

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Le démographe évacue également le chômage et l’immigration, dont il n’a pas été question durant l’épisode des « gilets jaunes ». Reste alors trois coupables. D’abord, la désertification d’une certaine France, celle qui se dépeuple, des Ardennes au Massif central. Mais aussi, et surtout, un changement sociologique majeur, avec l’explosion du nombre de diplômés qui dépasse l’offre d’emplois correspondante et pousse naturellement à l’immobilité sociale et à la frustration. Et, enfin, l’injustice criante des inégalités hommes-femmes devant le travail. Résultat, des Français qui se sentent en échec sans raison objective. Parce qu’ils ont le sentiment que l’avenir ne leur appartient plus.

Se sentir mal dans une France qui va bien, d’Hervé Le Bras (L’Aube, 168 pages, 17,90 euros).

  • Quand la Chine colonise le monde

De loin, la carte qui introduit le livre ressemble à ces jeux de points à relier qui fleurissent dans les cahiers des enfants. Tracer un trait entre toutes ces destinations dessine une toile serrée, couvrant la surface du planisphère, avec, en son centre, Pékin. « Il est midi à Pekin », comme dans toute la Chine, et c’est désormais elle qui donne le tempo au monde entier.

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