Les dessous de la détente entre le Qatar et l’Arabie saoudite

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Le premier ministre qatari, Abdallah Ben Nasser Al-Thani (à droite), au sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG), à Riyad, le 10 décembre.
Le premier ministre qatari, Abdallah Ben Nasser Al-Thani (à droite), au sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG), à Riyad, le 10 décembre. FAYEZ NURELDINE / AFP

Les lignes bougent entre les pétromonarchies du Golfe. Deux ans et demi après le début de la crise entre le Qatar et l’axe prosaoudien, la région goûte à un début de détente inédit. Les gestes d’apaisement entre les deux camps se multiplient, sur le terrain sportif, médiatique et diplomatique, alors qu’il y a encore quelques mois le Qatar était traité en paria par ses voisins, accusé de pactiser avec l’ennemi iranien et de frayer avec les « terroristes » islamistes.

Cette évolution est apparue au grand jour le 10 décembre, au sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG) organisé à Riyad. Le premier ministre qatari, Abdallah Ben Khalifa Al Thani, y a été accueilli par le souverain saoudien en personne, le roi Salman, avec lequel il a échangé sourires et plaisanteries. Lors de la précédente réunion des chefs d’Etat du CCG, en mai, à la Mecque, le chef de gouvernement qatari avait eu droit à une réception glaciale.

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Certes, Tamim Ben Hamad Al Thani, le monarque qatari, n’a pas fait le voyage de Riyad. La principauté gazière pâtit toujours de l’embargo diplomatique et commercial décrété à son encontre, en juin 2017, par l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis (EAU), le Bahreïn et l’Egypte. Une mesure de représailles au refus de Doha de s’aligner sur leur ligne diplomatique anti-Iran et anti-islamistes.

Mais, si la réconciliation n’est pas encore à l’ordre du jour, le niveau d’animosité entre les frères ennemis de la péninsule Arabique est à la baisse. Les équipes de football saoudienne, émirienne et bahreïnienne ont participé à la Coupe du Golfe, un tournoi régional disputé début décembre au Qatar, alors qu’il y a deux ans elles avaient boycotté la compétition, déjà prévue sur les pelouses de Doha, conduisant à la délocalisation des matchs au Koweït. 

« Aller de l’avant »

Cette amorce de dégel est le produit d’une série d’entrevues secrètes, organisées ces dernières semaines. Le Wall Street Journal a révélé que le ministre des affaires étrangères qatari, Mohammed Ben Abdelrahman Al Thani, s’est rendu en octobre à Riyad. Outre cette visite, préparée en coulisses par le Koweït, le médiateur officiel de la crise, Le Monde a appris, d’une source très bien informée à Doha, qu’au moins deux autres rencontres bilatérales ont eu lieu.

Des émissaires des deux camps se sont d’abord vus à Londres. Puis, en marge de l’intronisation de l’empereur japonais, Naruhito, le 22 octobre, à Tokyo, auquel il a assisté, le cheikh Tamim Al Thani s’est entretenu « avec une personnalité saoudienne, proche de Mohammed Ben Salman », le prince héritier et homme-orchestre du royaume, surnommé « MBS ».

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