« La frilosité dont fait preuve Paris est surprenante »

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« Aujourd’hui, le Liban est un pays en faillite qui n’a même plus de dollars pour importer, entre autres, des médicaments » (Manifestations à Beyrouth, le 15 décembre).
« Aujourd’hui, le Liban est un pays en faillite qui n’a même plus de dollars pour importer, entre autres, des médicaments » (Manifestations à Beyrouth, le 15 décembre). ANWAR AMRO / AFP

Tribune. La mobilisation populaire qui rassemble au Liban des centaines de milliers de personnes dans les rues depuis des semaines est d’une importance politique sans précédent. Il faut en comprendre le sens : c’est la remise en cause radicale d’un système communautaire complètement sclérosé qui étouffe le pays et son peuple depuis des décennies. N’est-ce pas là pour la France une formidable opportunité pour repenser sa politique vis-à-vis du Moyen-Orient et porter une voix en adéquation avec les revendications des manifestants ?

La réserve, voire la frilosité, dont fait preuve Paris face à ces événements majeurs est surprenante : les mots les plus utilisés dans les rues libanaises et aussi irakiennes sont « Etat laïque » et « fin du communautarisme », or la France ne cesse de parler de laïcité et d’en défendre les principes. Elle a aujourd’hui une occasion historique de les soutenir au Moyen-Orient, non pas parce que l’idée nous plaît mais parce qu’elle émane des peuples qui ont trop souffert d’un système communautaire que nous appuyons depuis si longtemps.

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Le soutien implicite que le gouvernement français accorde encore à Saad Hariri a été interprété dans le pays comme un appui réaffirmé à ce premier ministre démissionnaire alors qu’il est rejeté par les manifestants, tout comme l’ensemble de la classe politique.

Système à bout de souffle

Au lieu de s’accrocher à ce vieux système usé, à bout de souffle, qui a fait la preuve de sa dramatique incapacité à gérer le pays et surtout dont les populations ne veulent plus, que la France saisisse ce moment pour mettre en adéquation ses principes et sa politique et qu’elle accompagne les revendications des jeunes qui s’expriment dans la rue. Cela implique qu’elle redéfinisse sa stratégie en faisant des choix et en les assumant. D’autant que le Liban peut être une porte d’entrée pour les autres pays de la région : Palestine, Irak, Syrie.

Si nous n’aidons pas à l’émergence d’un Etat citoyen et laïque, seul à même de permettre la survenue de politiques publiques fortes, ceux qui en ont les moyens continueront de partir

Les pays occidentaux aiment l’image du Liban longtemps appelé la « Suisse du Moyen-Orient », le pays où les communautés cohabitent, sans se poser la question du prix à payer pour cela. Il est vrai que les chrétiens sont particulièrement touchés dans la région : combien en reste-t-il en Irak, en Palestine ou en Syrie ? Au Liban, ils ont peur du futur. Mais la façon dont la France met en avant son rôle de protectrice des chrétiens d’Orient comporte le risque de les stigmatiser aux yeux des autres communautés au lieu de les considérer comme des citoyens au même titre que les sunnites, les chiites, les Druzes… Seul un Etat au-dessus des communautés sera en mesure de protéger l’ensemble de ses citoyens.

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