l’ex-policier Mario Sandoval, accusé de crimes contre l’humanité, extradé vers Buenos Aires

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Manifestation à Buenos Aires de personnes réclamant l’extradition de Mario Sandoval, dont Beatriz Cantarini de Abriata, la mère d’Hernan Abriata, en avril 2014.
Manifestation à Buenos Aires de personnes réclamant l’extradition de Mario Sandoval, dont Beatriz Cantarini de Abriata, la mère d’Hernan Abriata, en avril 2014. DANIEL GARCIA / AFP

C’est l’épilogue de huit années de bataille judiciaire en France. L’ex-policier argentin Mario Sandoval doit être extradé dimanche 15 décembre de Paris vers Buenos Aires, afin qu’il soit jugé pour son implication présumée dans la disparition d’un étudiant en 1976, sous la dictature. Mario Sandoval, 66 ans, doit être embarqué sous escorte dimanche soir sur un vol Air France ralliant la capitale argentine depuis Paris, a confirmé l’avocate de l’Etat argentin, Me Sophie Thonon-Wesfreid, au Monde.

Exilé en France en 1985, à la chute de la junte argentine, l’ancien policier avait été arrêté mercredi à son domicile de Nogent-sur-Marne, en banlieue parisienne, après le rejet d’un de ses derniers recours. Ce jour-là, le conseil d’Etat, plus haute juridiction administrative, avait validé définitivement un décret d’extradition pris par le gouvernement français le 21 août 2018.

« Churrasco »

La justice argentine, qui réclame Mario Sandoval à la France depuis 2012, le soupçonne d’avoir participé à plus de 500 faits de meurtres, tortures et séquestrations pendant la dictature militaire, entre 1976 à 1983. Plusieurs témoignages lui ont attribué le surnom de « Churrasco » (« Steak », qui fait référence à la torture des victimes à l’électricité sur un sommier en métal).

Toutefois, la justice argentine n’a demandé son extradition que pour un seul dossier, celui d’Hernan Abriata, pour lequel elle dispose d’une dizaine de dépositions. Etudiant en architecture, Hernan Abriata fut détenu à l’Ecole de mécanique de la marine (ESMA), un centre de torture de la dictature par lequel sont passées quelque 5 000 personnes. La plupart ont ensuite disparu, souvent jetées depuis des avions dans le Rio de la Plata.

Au soir du 30 octobre 1976, un homme se présentant comme Mario Sandoval aurait sonné à la porte de la famille Abriata à Buenos Aire, en uniforme de « la Coordination fédérale », une police politique à la sinistre réputation, chargée des enlèvements. « C’est une procédure de routine », aurait affirmé cet homme, selon les proches du jeune Hernan. Ils ne le reverront plus.

Le corps jamais retrouvé

Mario Sandoval, qui nie les faits et estime qu’ils sont prescrits, avait saisi le Conseil d’Etat pour empêcher l’exécution du décret gouvernemental. Le code de procédure pénale interdit en effet une extradition lorsque le crime est prescrit en droit français.

Mais le Conseil a confirmé ce qu’avaient dit avant lui la Cour de cassation et le Conseil constitutionnel : en matière de séquestration, la prescription ne commence à courir qu’à la découverte du corps ou aux aveux du mis en cause, ce qui n’est pas le cas dans cette affaire, le jeune Hernan n’ayant jamais été retrouvé.

Lire aussi Le Conseil constitutionnel ouvre la voie à l’extradition de l’Argentin Mario Sandoval, accusé de crimes contre l’humanité

Une extradition ne privera pas Mario Sandoval de ses droits à un procès équitable, au respect de la présomption d’innocence et à la sécurité juridique, a répondu le Conseil d’Etat, soulignant que l’ex-policier pourra « soumettre au juge pénal argentin les éléments qu’il estimera utiles » pour prouver son innocence. Son ultime recours, cette fois devant la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a à son tour été rejeté vendredi.

« Désormais il va rejoindra l’Argentine et pourra enfin s’expliquer devant la justice de son pays, qui est le théâtre de la tragédie, là où se trouvent le plus de témoins et de documents », a réagi l’avocate de l’Etat argentin, me Sophie Thonon-Wesfreid. « J’espère que la protection consulaire (…) veillera à ce que ses conditions de détention provisoire soient dignes et limitées dans le temps, y compris en considération de son état de santé, et que les poursuites effectives soient cantonnées au seul cas pour lequel [la justice française] a autorisé son extradition », a déclaré pour sa part l’avocat de M. Sandoval, Me Jérôme Rousseau.

Mario Sandoval, dont l’identité complète est longtemps restée ignorée en France, a obtenu la nationalité française en 1997. Un fait qui n’empêche pas son extradition car il n’était pas français à l’époque des faits.

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