« Les Etats-Unis ont perdu leur crédibilité au Proche-Orient »

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Dennis Ross, lors d’une conférence à Emory University, à Atlanta (Georgie).
Dennis Ross, lors d’une conférence à Emory University, à Atlanta (Georgie). Nrbelex

Expert du Proche-Orient, ancien émissaire américain dans cette région sous les présidents George Bush père, Bill Clinton et Barack Obama, aujourd’hui conseiller du cercle de réflexion Washington Institute for Near East Policy, Dennis Ross participait à la deuxième conférence internationale organisée en novembre, à Paris, par le think tank Elnet qui œuvre au rapprochement entre la France et Israël.

Comment expliquer l’actuel retrait américain du Proche-Orient ?

Donald Trump incarne l’isolationnisme et l’unilatéralisme, des tendances récurrentes dans l’histoire américaine. Après la première guerre mondiale, les Etats-Unis ont effectué un repli aux lourdes conséquences. A la suite de la guerre du Vietnam [1955-1975], le pays s’est recentré sur des enjeux intérieurs. Ce « syndrome vietnamien » a pesé jusqu’à la guerre du Golfe en 1991. Aujourd’hui, ce repli s’inscrit comme un contrecoup de nos interventions en Afghanistan [en 2001] et en Irak [2003], dont les effets sont profonds et chaque jour plus tangibles.

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L’isolationnisme et l’unilatéralisme sont des notions proches sans pour autant être identiques. L’isolationnisme, poussé à l’extrême, devient du pacifisme refusant toute intervention. L’unilatéralisme signifie, quant à lui, le refus d’alliances et des obligations que celles-ci impliquent : il s’agit alors de privilégier ses intérêts dans le court terme.

Donald Trump fait l’un et l’autre…

Oui. Il clame que les Etats-Unis n’ont pas besoin d’être au Proche-Orient, où, à l’en croire, ils auraient dépensé 7 000 milliards de dollars. Cette affirmation est fantaisiste : le coût réel se situe autour de 2 000 milliards de dollars [1 800 milliards d’euros environ], ce qui est déjà considérable. Selon sa vision du monde, puisque les Russes, les Iraniens et les Turcs veulent s’occuper de la Syrie, alors, qu’ils s’en occupent ! Il le dit ouvertement.

Après les attaques des tankers pétroliers dans le détroit d’Oman [en juin], il avait tweeté en substance : « Nous ne dépendons pas du pétrole du Proche-orient ; laissons ceux qui en ont besoin régler ce problème. » C’est ce que pense aussi une bonne partie de l’opinion américaine, lasse de ces interventions dont le coût est élevé, en dollars comme en hommes, et qui n’ont pas apporté de changements positifs.

Quelles sont les conséquences de ce retrait ?

La conséquence la plus grave est le vide qu’il provoque. Le plus souvent, le vide est comblé par des forces hostiles représentant une menace directe pour nos intérêts et ceux de nos alliés. Cela implique qu’au final, il nous faudra intervenir sur des durées plus longues, dans des conditions plus difficiles et plus coûteuses, puisque nous aurons quitté le terrain.

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