En Irlande du Nord, les unionistes, « trahis » par Boris Johnson, craignent de voir le pouvoir leur échapper

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Des graffitis loyalistes représentant la reine d’Angleterre, sur la route de Shankill à Belfast (Irlande du Nord), le 19 octobre.
Des graffitis loyalistes représentant la reine d’Angleterre, sur la route de Shankill à Belfast (Irlande du Nord), le 19 octobre. PAUL FAITH / AFP

Sur les grilles du petit terrain de basket municipal, un large drapeau de l’Union Jack a été accroché. En son centre, en grandes lettres capitales, se trouve un mot : « Brexit. » Au-dessus, un autre a été mis bien en évidence : « loyaliste. »

A Tigers Bay, les deux concepts se mélangent, pour ne faire qu’un : « loyal » envers la Couronne britannique, et anti-européen, jusqu’au bout dans les deux cas. Ce quartier pauvre de Belfast était un haut lieu des « Troubles » d’Irlande du Nord. Ici, tout le monde est protestant, unioniste (volonté de rester dans le Royaume-Uni) et marqué dans sa chair par les trente ans de guerre civile qui ont fait 3 500 morts.

Dans le pub voisin, décoré fièrement de signes patriotiques, l’IRA, l’ancien groupe paramilitaire, a un jour abattu un homme. Aujourd’hui encore, de grandes barrières séparent Tigers Bay du quartier voisin, qui est 100 % catholique et anti-Brexit. Le soir, les portes sont fermées pour assurer la sécurité.

Ces tristes rangées de petites maisons en briques sont au cœur d’un très important test politique. Pour les élections législatives du 12 décembre, Nigel Dodds, le député sortant, numéro deux du Democratic Unionist Party (DUP), risque de perdre son siège.

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Sa circonscription de Belfast Nord, qui comprend aussi des quartiers catholiques, pourrait basculer vers le Sinn Fein, la principale formation nationaliste (favorable à l’unification de l’Irlande). Aux législatives de 2017, M. Dodds, avec 46 % des voix, n’avait déjà plus que cinq points d’avance. Cette fois, les sondages sont dans la marge d’erreur. Si les unionistes perdent ici, ce serait une première depuis la création de l’Irlande du Nord, en 1921.

Une paix « construite sur du sable »

« C’est une circonscription exceptionnellement importante, représentée par le brexiter le plus symbolique de tous, la voix du DUP à Westminster », résume John Finucane, le candidat du Sinn Fein, qui espère lui ravir le siège. Le symbole serait d’autant plus fort que ce dernier est le fils d’un ancien membre de l’IRA, abattu devant ses yeux en 1989 par un groupe paramilitaire loyaliste.

La défaite potentielle de M. Dodds fait partie d’un basculement plus important dans l’ensemble de l’Irlande du Nord. « Il y a actuellement onze députés unionistes [dix DUP et une indépendante] et sept nationalistes [Sinn Fein], explique Muiris MacCarthaigh, de l’université Queen’s de Belfast. Après ces élections, il y a de fortes chances de se retrouver avec neuf sièges pour les nationalistes et pour les unionistes. » Pour ces derniers, qui ont longtemps dominé la province, ce serait un symbole très lourd du pouvoir qui leur échappe.

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