Pierre Yovanovitch, une quête d’intérieur

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L’architecte d’intérieur Pierre Yovanovitch, le 29 octobre, à son bureau, à Paris.
L’architecte d’intérieur Pierre Yovanovitch, le 29 octobre, à son bureau, à Paris. Nathalie Mohadjer pour M Le magazine du Monde

Un autre aurait envisagé un ascenseur dans cet hôtel particulier parisien délabré et tout en hauteur. Mais à l’heure d’installer ses bureaux et sa quarantaine de collaborateurs, dans la « maison Yovanovitch », l’architecte d’intérieur a imaginé un lustre grimpant dans la cage d’escalier. Et des œuvres d’art à tous les étages, un Georg Baselitz ici, un Claire Tabouret là.

Pas de Jeff Koons, de Damien Hirst ni de Takashi Murakami – « on les voit partout ». Pas de laiton non plus, « trop bling-bling ». Mais des murs recouverts de travertin (une pierre naturelle calcaire), une table en bois massif de cinq mètres de long, une lampe américaine d’avant la guerre, un fauteuil à oreilles de nounours… les attributs d’un luxe discret qui a fait le succès de Pierre Yovanovitch depuis quinze ans. Un mélange reconnaissable d’art contemporain, de meubles précieux, de matériaux bruts et d’objets déroutants. Et qu’un beau livre, publié à l’automne aux éditions Rizzoli, compile.

« L’esthétique haute couture »

Sa silhouette étirée et ses pesantes lunettes évoquent le Yves Saint Laurent des seventies. On le lui dit souvent. Et les critiques américains y font référence, en voyant en lui « l’esthétique haute couture ». Réclamé par les ultrariches dans le monde entier, il fuit les concepts à la mode, préférant suivre son « intuition ». À Tel-Aviv, il a exporté ses cloisons en travertin, des tables Charlotte Perriand et un service de vaisselle dessiné de sa main. À Paris, il a réalisé l’Hôtel Marignan, un cinq-étoiles du côté des Champs-Élysées, puis le siège parisien du groupe Kering (groupe fondé par François Pinault), qui n’avait pourtant pas besoin d’un conseil en luxe et en œuvres d’art.

Les murs de l’hôtel particulier de la rue Beauregard sont recouverts de travertin, une roche naturelle calcaire.
Les murs de l’hôtel particulier de la rue Beauregard sont recouverts de travertin, une roche naturelle calcaire. Nathalie Mohadjer pour M Le magazine du Monde

Pour un Français fortuné, il vient d’achever le réaménagement d’un hôtel particulier aux Invalides. L’escalier, digne de celui du Musée Guggenheim, est souligné sur toute sa hauteur par un vitrail de Buren. De la salle de cinéma à la piscine, en passant par le jardin, aucun détail n’a échappé à son œil perfectionniste. Après deux ans de travaux, les propriétaires, enchantés, lui ont confié l’aménagement de leur jet privé. « Un truc de dingue, confie Pierre Yovanovitch. Je n’ai surtout pas fait du Hermès en cuir beige… »

Parmi les projets, il y a aussi un autre escalier, sa marotte, dans une maison des Hamptons. Le client, âgé d’une soixantaine d’années, s’en est remis à lui : « Souvent, les gens ont du goût, mais ils ne savent pas l’exprimer. Ils me choisissent parce que je suis un signal de reconnaissance sociale. »

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