En Irak, l’ayatollah Ali Sistani appelle le Parlement à retirer sa confiance au gouvernement

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A Bassorah,  la population vient manifester quotidiennement devant le gouvernorat et le conseil local, place Al-Bariyah, où sont exposés les portraits du leader chiite Ali Al-Sistani, le 16 novembre 2019.
A Bassorah,  la population vient manifester quotidiennement devant le gouvernorat et le conseil local, place Al-Bariyah, où sont exposés les portraits du leader chiite Ali Al-Sistani, le 16 novembre 2019. Laurent Van der Stockt pour Le Monde

Le très influent grand ayatollah Ali Sistani a appelé le Parlement irakien, dans son sermon vendredi 29 novembre, à retirer sa confiance au gouvernement, au lendemain d’une des journées les plus sanglantes de la contestation qui dure depuis deux mois dans le pays et dont le bilan atteint près de 400 morts.

« Le Parlement dont a émergé le gouvernement actuel est appelé à revoir le choix qu’il a fait à ce sujet et à agir dans l’intérêt de l’Irak, pour préserver le sang de ses enfants et éviter que [le pays] ne glisse dans la violence, le chaos et la destruction », a affirmé cette figure tutélaire de la politique irakienne, dans un sermon lu vendredi à Kerbala par un de ses représentants, Ahmed Al-Safi.

Dès la première semaine, l’ayatollah Ali Al-Sistani a appelé la classe politique à des réformes, estimant « légitimes » les revendications des manifestants. Réagissant à l’annonce des premières victimes de la répression meurtrière, il a exhorté le gouvernement à ouvrir une enquête indépendante et à respecter la « sainteté » du sang irakien, avant d’appeler à poursuivre la contestation jusqu’à obtenir justice.

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Vénéré par des millions de chiites dans le monde, à 89 ans, l’ayatollah Ali Al-Sistani reste la seule autorité du pays à n’être pas encore totalement délégitimée aux yeux de ceux qui, depuis le 1er octobre, réclament à Bagdad et dans le Sud chiite « la chute du régime ».

De nouveaux rassemblements vendredi

Vendredi, en procession funéraire ou dans de nouveaux rassemblements sur les places de Bagdad, Nadjaf, Diwaniya, Nassiriya ou Al-Hilla, ils étaient de nouveau des milliers à affirmer qu’ils ne partiraient pas avant « la chute du régime » et un renouvellement complet d’une classe politique qu’ils accusent d’être corrompue, de ne pas les écouter et de les réprimer dans le sang. La veille, la répression a causé la mort de 44 protestataires et menacé de faire sombrer le pays dans le chaos.

A Nassiriya, où 26 manifestants sont tombés jeudi sous les balles des forces de sécurité, les affrontements ont déjà repris. Trois manifestants ont été blessés alors qu’ils tentaient d’approcher de la direction provinciale de la police dans la ville, ont indiqué des médecins. Ailleurs dans le Sud, notamment à Nadjaf et Kerbala, deux villes saintes où les violences se sont poursuivies jusqu’aux premières heures du jour vendredi, un calme précaire règne.

Jeudi, les tirs et les courses-poursuites entre manifestants et forces de l’ordre, emmenées par des militaires tout juste dépêchés par Bagdad pour « restaurer l’ordre », se sont multipliés après l’incendie du consulat iranien à Nadjaf.

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Le mouvement de contestation est inédit depuis des décennies en Irak, pays où aujourd’hui un habitant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté et où, officiellement, 410 milliards d’euros ont été détournés au cours de ces seize dernières années, soit deux fois la valeur du PIB.

La désobéissance civile continue de bloquer les écoles et de nombreuses administrations alors que les manifestants tentent toujours de toucher le gouvernement à son talon d’Achille, l’or noir. Jusqu’ici, toutefois, ils n’ont atteint ni la production ni la distribution de pétrole, unique ressource en devises du pays, qui représente 90 % des recettes d’un gouvernement surendetté.

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