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Alliances, trahisons, promesses et désertions… La « plus grande démocratie du monde » vient de tourner à la tragicomédie au Maharashtra, l’Etat le plus riche de l’Inde (126 millions d’habitants) qui a Bombay pour capitale. Un mois après les élections régionales qui ont confirmé, le 24 octobre, la domination du parti nationaliste hindou du premier ministre Narendra Modi, le BJP, et de son allié d’extrême droite de longue date, le Shiv Sena – ils ont obtenu à eux deux 161 sièges sur 288 à l’Assemblée législative, après avoir gouverné ensemble durant cinq ans –, c’est une alliance contre nature qui a finalement pris les rênes de l’exécutif local.
Durant plusieurs semaines agitées, les élus de chaque camp avaient été enfermés dans des hôtels de luxe pour empêcher qu’ils ne se fassent acheter par l’adversaire et jeudi 28 novembre, c’est Uddhav Thackeray, président du Shiv Sena, qui a prêté serment à la tête d’un gouvernement associant sa formation populiste au Parti du Congrès de la famille Gandhi (centre gauche) et à une émanation de ce dernier, le Parti du Congrès nationaliste (NCP), fruit d’une scission orchestrée il y a vingt ans par l’une des plus grandes figures politiques de Bombay, Sharad Pawar, artisan de ce dénouement surprise.
Surnommé « la télécommande » par l’un de ses proches, M. Pawar, qui s’apprête à fêter ses 79 ans, a appliqué un vieux principe bien rodé : « Les ennemis de mes ennemis sont mes amis. » En d’autres termes, il a réussi à faire émerger une alliance improbable dont les trois composantes n’avaient qu’une idée en tête : chasser le BJP de Mantralaya, le siège du gouvernement régional, ce que les commentateurs traduisent par « tout sauf Modi », compte tenu de la personnalisation du pouvoir actuellement à l’œuvre dans le pays.
« Le BJP a réveillé le vieux lion endormi »
« Le BJP a commis l’erreur cardinale de réveiller le vieux lion endormi », reconnaît l’un de ses députés. M. Pawar est un expert de ce genre de manœuvre. Il a lui-même dirigé le gouvernement du Maharashtra à trois reprises, entre 1978 et 1995, et participé à plusieurs gouvernements fédéraux de gauche à Delhi, comme ministre de la défense et comme ministre de l’agriculture notamment.
Uddhav Tackeray, lui, est vingt ans plus jeune. Il est le fils de Bal Thackeray, fondateur du Shiv Sena (« l’armée de Shivaji », en référence au guerrier hindou qui chassa les musulmans de la région au XVIIe siècle) dont le programme se résumait, à l’origine, à la lutte contre le communisme et à la défense des droits des populations marathes, majoritaires au Maharashtra, face aux migrants qui affluaient du sud de l’Inde, attirés par les lumières de Bombay. Au sein de la nouvelle coalition « arc-en-ciel » désormais au pouvoir à Bombay, il s’est engagé sur une plate-forme minimale de réformes, en mettant l’accent sur la crise agricole, le chômage et la santé. Des thèmes notoirement délaissés par le BJP.
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