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Une demi-heure en voiture suffit pour rejoindre Banchory depuis le centre d’Aberdeen. La route suit le Dee, fleuve très apprécié des pêcheurs de saumon. Rendez-vous a été pris avec Fergus Mutch, 30 ans, le candidat local du SNP (Scottish National Party, le parti indépendantiste écossais), sur un marché de producteurs locaux, en contrebas de cette jolie bourgade.
Il est 10 heures du matin, Fergus se fait un peu attendre en ce début de campagne pour les élections générales du 12 décembre. La veille au soir, on l’a croisé en kilt lors d’une réunion du SNP à Aberdeen, dans un hôtel près du port. Il avait joué de la cornemuse pour soutenir deux autres candidats, Kirsty Blackman et Stephen Flynn. La première se bat pour conserver son siège à Aberdeen Nord et le second tente de reprendre aux conservateurs celui d’Aberdeen Sud. Dans la capitale britannique de l’énergie, poumon économique de l’Ecosse depuis la découverte de pétrole en mer du Nord dans les années 1970, le vote SNP n’a rien d’évident. La chute des cours du pétrole, à partir de 2015, a aussi calmé les ardeurs indépendantistes.
Pro-européen, le SNP tient l’exécutif écossais depuis 2007 ; sa chef de file, Nicola Sturgeon, est première ministre écossaise depuis cinq ans. Dans la foulée du référendum sur l’indépendance (perdu, avec 55,3 % pour le « non »), le parti a fait un raz-de-marée aux élections générales de 2015, mais a reculé en 2017, avec 35 députés à Westminster sur 59 élus écossais. Aujourd’hui, il joue gros : il doit regagner le terrain perdu pour faire avancer la cause indépendantiste et éviter le Brexit (effectif début 2020 si Boris Johnson gagne son pari d’une majorité absolue).
Transfuges du Labour
Sur le petit marché de Banchory, mères de famille en bottes Barbour, grands-mères en veste de tweed, on croise plus de bénévoles distribuant des prospectus pour le marché de Noël que de tracts politiques. « Le SNP ? On ne vote pas pour eux », glisse Graene Myron, qui vend des gaufres dans sa petite roulotte. Il a voté « leave » en 2016, mais regrette « vu le chaos à Westminster ». L’indépendance de l’Ecosse ? « C’est bien beau, mais pour faire quoi ensuite ? »
La circonscription de Banchory, West Aberdeenshire et Kincardine a voté « remain », à 61,48 %, en 2016, mais contre l’indépendance, à 60,3 %, en 2014. « C’est une terre traditionnellement conservatrice », nous glisse Fergus, fine barbe et veste de velours. Le château royal de Balmoral est à une trentaine de miles. Le SNP a accusé près de 8 000 voix de retard par rapport aux tories en 2017.
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