en Inde, les personnes âgées face au fléau de l’isolement

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Dans un pays où la moitié de la population a moins de 27 ans, les anciens tendent à être ignorés par la société et le gouvernement.

Par Publié aujourd’hui à 10h29, mis à jour à 10h46

Temps de Lecture 3 min.

À New Delhi, en février 2016.
À New Delhi, en février 2016. Anindito Mukherjee / REUTERS

Avant de se suicider,un couple de septuagénaires de Bangalore, dans le sud de l’Inde, a laissé une note sur le mur du salon : « Notre fils et son épouse sont responsables de notre mort. » Quelques semaines plus tard, en octobre 2019, deux retraités qui se plaignaient d’être maltraités par leur fils se sont aussi donné la mort, en laissant à côté d’eux tout le matériel nécessaire à l’organisation de leurs rites funéraires, au cas où leur enfant n’aurait pas le temps de s’en occuper. « Ignorées par la société et le gouvernement, qui ne se sentent plus redevables de quoi que ce soit, les personnes âgées sont acculées au désespoir et au dénuement », s’alarmait l’ONG HelpAge India, dans un rapport, en février 2019.

En Inde, les seniors sont soumis à une double malédiction. Ils vivent dans un pays jeune, où la moitié de la population a moins de 27 ans. Celle-ci a les faveurs du gouvernement, qui préfère créer des emplois et construire des instituts de formation plutôt que de venir en aide aux 100 millions de retraités, un chiffre élevé mais qui ne représente que 8 % de la population.Dans les Etats indiens qui prévoient le versement de pensions de retraite, celles-ci ne dépassent pas les quelques dizaines d’euros par mois, soit moins que le salaire minimal mensuel.

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Autre difficulté : les personnes âgées, dont les enfants sont partis en ville ou à l’étranger chercher du travail, sont de plus en plus nombreuses à vivre seules. Une révolution culturelle dans un pays où les familles vivent traditionnellement à trois ou quatre générations sous le même toit. Le nombre de familles dites « nucléaires », c’est-à-dire qui ne comprennent que des parents avec leurs enfants, augmente, surtout dans les villes. Elles représentent 41 % des foyers, contre 36 % en 1992, selon les Nations unies.

Hausse du taux de dépendance

« La société indienne évolue, note S. Irudaya Rajan, démographe au Centre d’études sur le développement sis à Thiruvananthapuram (Sud). Les personnes âgées ne veulent pas vivre sous le contrôle de leurs enfants, et ceux-ci n’ont plus le temps de s’occuper d’elles. » Les retraités, qui étaient autrefois traités avec respect et occupaient un rôle central dans la famille, deviennent un fardeau. « Les personnes âgées captaient la richesse, notamment par la possession de terres, alors qu’aujourd’hui, elles sont moins riches que leurs enfants, surtout dans les zones urbaines, et dépendent d’eux », observe Christophe Z. Guilmoto, démographe à l’Institut de recherche pour le développement.

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