L’archipel de Bougainville va-t-il devenir un Etat souverain ?

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Un référendum sur l’avenir de ce territoire de Papouasie-Nouvelle-Guinée, parmi les plus pauvres de l’hémisphère Sud, est organisé samedi 23 novembre.

Publié aujourd’hui à 08h00

Temps de Lecture 4 min.

Avant le référendum, d’anciens ennemis ont pris part à des cérémonies de réconciliation, au cours desquels des arcs ont été brisés pour symboliser la fin du conflit.
Avant le référendum, d’anciens ennemis ont pris part à des cérémonies de réconciliation, au cours desquels des arcs ont été brisés pour symboliser la fin du conflit. ELIZABETH VUVU / AFP

Bougainville deviendra-t-il le 194e Etat reconnu par l’ONU ? Les habitants de cette île de Papouasie-Nouvelle-Guinée d’environ 10 000 km2 et 300 000 habitants, située dans le sud-ouest de l’océan Pacifique, sont appelés à participer, à partir de samedi 23 novembre et jusqu’au 7 décembre, à un référendum qui décidera de l’avenir de leur territoire.

Au total, 206 731 électeurs se sont inscrits auprès de la Bougainville Referendum Commission (BRC), en charge de la consultation, pour choisir entre l’indépendance de leur île – théâtre d’une sanglante révolte sécessionniste entre 1988 et 1998 – et une plus grande autonomie au sein de la Papouasie. Les résultats de la consultation ne sont pas attendus avant la mi-décembre.

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Dix ans de conflit sanglant

En août 2001, l’accord de paix de Bougainville conclu grâce à une médiation néo-zélandaise entre les chefs de multiples factions belligérantes de Bougainville et le gouvernement de Papouasie-Nouvelle-Guinée a mis fin à un conflit qui a fait 20 000 morts, soit la guerre la plus sanglante dans le Pacifique depuis 1945. Il reposait sur trois points : la destruction des armes ; l’autonomie, avec la création d’un gouvernement autonome de Bougainville ; et la tenue d’un référendum avant 2020 dont le résultat devra être ratifié par le Parlement papouasien. Ce qui pourrait prendre un certain temps, explique Annmaree O’Keeffe, de l’Institut Lowy de Sydney.

Mauricio Claudio, haut fonctionnaire américain qui dirige la BRC, voit dans cette consultation la « continuité d’un processus long et pacifique » qui a permis d’en finir avec ce conflit complexe, ayant impliqué les factions sécessionnistes comme l’Armée révolutionnaire de Bougainville (BRA), les forces papouasiennes mais aussi des groupes dissidents et des mercenaires étrangers. Le vote ne doit pas « donner lieu à des violences ou du conflit », a-t-il rappelé mardi à Buka, la principale ville de la région. « Il doit être un événement joyeux. » De fait, avant le référendum, d’anciens ennemis ont pris part à des cérémonies de réconciliation, au cours desquels des arcs ont été brisés pour symboliser la fin des affrontements.

Une consultation aux résultats incertains

Mais en l’absence de sondages fiables, le résultat de la consultation est très incertain. Jonathan Pryke, chercheur à l’Institut Lowy de Sydney, s’attend à ce que les électeurs – culturellement plus proches des Salomon que de Port Moresby [la capitale de la Papouasie-Nouvelle-Guinée] – plébiscitent l’indépendance. Celle-ci pourrait faire de Bougainville un nouveau front dans la guerre d’influence régionale à laquelle se livrent la Chine, les Etats-Unis et l’Australie.

« Nous n’aurons d’autre choix que de nous tourner vers d’autres pays, y compris peut-être la Chine, pour obtenir finalement notre liberté » Martin Miriori

L’île, qui doit son nom à celui du navigateur français Louis-Antoine de Bougainville (1729-1811) qui l’explora en 1768, est parmi les plus pauvres de l’hémisphère Sud. Et elle a grand besoin d’investissements pour construire des infrastructures, ce qui « crée une opportunité pour un acteur comme la Chine », selon M. Pryke. Le cas échéant, « l’Australie et la Nouvelle-Zélande vont tout faire pour se positionner », ajoute-t-il. Conscientes des rivalités régionales, des figures du mouvement indépendantiste ont déjà dit qu’elles pourraient ouvrir les bras à Pékin si les autres puissances ne soutiennent pas leurs aspirations. « Nous n’aurons d’autre choix que de nous tourner vers d’autres pays, y compris peut-être la Chine, pour obtenir finalement notre liberté », a déclaré cette semaine, dans un communiqué, un des chefs de la BRA, Martin Miriori.

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Le long chemin vers la souveraineté

Un vote indépendantiste n’est, cependant, pas sûr de se concrétiser à Port Moresby, où certains redoutent que le départ de Bougainville n’encourage d’autres mouvements sécessionnistes dans un pays d’une très grande diversité ethnique. James Marape, le premier ministre de Papouasie-Nouvelle Guinée, a rappelé en octobre que « le résultat du référendum n’était pas contraignant ». Les pressions internationales pourraient, cependant, avoir raison de ces réserves.

Bougainville, qui s’efforce toujours de surmonter les conséquences de la révolte des années 1980-1990, aura un long chemin à parcourir avant de devenir un Etat, ajoute Annmaree O’Keeffe. Il sera contraint de chercher des financements et les ressources nécessaires au fonctionnement d’un Etat souverain – trésor, justice, défense et immigration, etc. – tout en continuant à reconstruire l’éducation, la santé, les services de police et les transports mis à mal pendant le conflit. La chercheuse ajoute que les frontières devront être redessinées, des accords de pêche renégociés, les droits miniers déterminés et les relations diplomatiques établies.

Le pays est riche en ressources naturelles – en particulier le cuivre, extrait à grande échelle depuis les années 1960 sous l’administration australienne –, mais les opérations minières ont été paralysées par la guerre et la répartition des revenus constituait l’une des raisons du conflit. Selon une estimation citée par le Lowy Institute, Bougainville ne disposerait que de 56 % des revenus nécessaires pour être autonome.

« Le succès du référendum ne se mesurera pas à l’indépendance de Bougainville, mais à sa capacité de maintenir la paix après le référendum », affirme un leader de l’île, cité par Annmaree O’Keeffe.

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