Cent ans après, Gabriele D’Annunzio divise encore

0
149

[ad_1]

Par et

Publié aujourd’hui à 09h32

Chemises noires et muscles saillants, sept ex-parachutistes posent devant un drapeau italien. Ils l’ont planté sur le seuil de l’ancien Palais du gouverneur, à Rijeka, en Croatie. Ce port de 150 000 habitants, eux persistent à l’appeler Fiume, selon la toponymie italienne. Ainsi que l’indique le nom de leur groupuscule, Les Plombiers, ils luttent contre « le lisier qui submerge la société ». En juillet, à Lampedusa, ils ont jeté des culottes souillées contre des navires humanitaires. En ce 12 septembre, sur la côte dalmate, ils rendent hommage à leur paladin, Gabriele D’Annunzio (1863-1938).

Il y a cent ans, les troupes du poète-soldat marchaient sur Rijeka, qu’il souhaitait annexer à l’Italie. Un siècle plus tard, il n’en finit pas de coloniser les esprits. Le 12 septembre, on retrouve D’Annunzio assis sur un banc de Trieste, en Italie, à 75 kilomètres à l’ouest de Rijeka. La statue de bronze, qui montre l’auteur de Nocturne (1916) jambes croisées, feuilletant un livre, est inaugurée en grande pompe par le maire, le très droitier Roberto Dipiazza. La riposte ne tarde pas. La présidente croate, Kolinda Grabar-Kitarovic, s’en prend à cette sculpture « scandaleuse », qui « exalte l’occupation » de son pays. Une note est remise à l’ambassadeur d’Italie à Zagreb. Et le maire de Rijeka, le social-démocrate Vojko Obersnel, de qualifier D’Annunzio de « précurseur du fascisme ». Célébration à notre droite, commémoration à notre gauche : la guerre mémorielle fait rage.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi D’Annunzio, l’histrion hyperbolique

Une pétition s’élève contre la statue ? Des skinheads tapissent les murs de Padoue, Vérone ou Bolzano d’affiches dannunziennes. A Trieste, leurs tracts ont été collés devant le consulat croate. Ils cohabitent avec les posters annonçant l’exposition « Je désobéis », qui honore la mémoire de l’expédition de Fiume. Côté croate, une tout autre exposition se tient sous l’égide de Rijeka, capitale européenne de la culture 2020. Son titre, « L’Holocauste de D’Annunzio », donne le la : ici, le parcours insiste sur les exactions des Italiens.

Un oxymore vivant

A l’image de ce centenaire, D’Annunzio n’a jamais autant divisé. Une profusion de films et de livres le montrent sous des jours opposés, ici libertaire progressiste, là histrion brutal et archaïque. Sur les rives du lac de Garde, en Lombardie, sa maison-musée a vu sa fréquentation tripler en dix ans. Parmi les visiteurs, Matteo Salvini chante à l’envi les louanges de celui qu’il qualifie de « génie absolu ». Le politicien d’extrême droite ne se fait-il pas surnommer le « Capitaine » – en écho à l’un des sobriquets de D’Annunzio, le « Commandant » ? Dans le camp adverse, on ravive la boutade du futuriste Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944), qui comparait l’écrivain à « un crétin avec des éclairs d’imbécillité ».

[ad_2]

Source link

Have something to say? Leave a comment: