Bom Futuro, forêt sans avenir

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Porto Velho, Rondonia, Brazil, September 21, 2019:
Local residents parade their horses through the streets of Rio pardo.
Rio Pardo emerged in the late 1990s in the Bom Futuro National Forest area, still as a Rio Pardo project. Its occupation was considered illegal until 2010, when an agreement between the federal government chaired by Lula and the state of Rondônia, caused the National Forest to lose two thirds of its territory, which became Environmental Protection Area (APA) and Rio State Forest. Pardo (FES), of state management.
The reclassification of the area paved the way for stabilization of land grabbers and squatters. Rio Pardo has become a district of the city of Porto Velho and can receive public services such as health, education and security.
The current economy is based on livestock. Electricity arrived in March 2017.
Photo: Avener Prado / Le Monde

AVENER PRADO POUR “LE MONDE”

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Publié le 23 octobre 2019 à 00h12

Et soudain, au joyeux raffut de la jungle succède un silence de cimetière. Sur des kilomètres, la terre humide s’est transformée en sable roussâtre. Les palmiers, carbonisés, se dressent, comme des morts-vivants. Ça et là, au sol, des traces noires laissent deviner l’emplacement d’anciens arbres, emportés par les flammes. Les rares survivants gisent au sol, leur tronc finissant de se consumer dans la moiteur tropicale.

Un incendie, cela fait penser à un champ de bataille. Surtout ici, au cœur de la forêt amazonienne de Bom Futuro, au nord de l’Etat brésilien du Rondônia, où c’est bien une guerre qui se joue. Une guerre contre les flammes et certains des 68 000 incendies qui ont ravagé le « poumon » de la planète depuis le début de l’année, en quasi-totalité d’origine humaine. Une guerre avec ses scènes de destruction, ses criminels, mais aussi ses blessés et ses morts : ces milliers, ces millions d’arbres et d’hectares de nature ravagés, dont nul n’ose encore faire le macabre décompte.

« Bon Futur ». Un sacré nom pour une forêt sans avenir. Cette réserve nationale protégée, créée par l’Etat brésilien en 1988, avait pourtant tout pour réussir. Au départ, elle comptait 280 000 hectares de canopée, cœur d’une zone forestière beaucoup plus vaste, dont le territoire s’étendait bien au-delà de la zone protégée. Toute une flore et une faune délicates y cohabitaient : grandioses noyers de 50 mètres, singes « zogue zogue », pécaris à collier, tapirs, jaguars tachetés…

Ce paradis tropical n’a pas perduré : envahie, démembrée, détruite par les flammes, aujourd’hui ceinturée par des secteurs déforestés, Bom Futuro a perdu en trente ans près des trois quarts de sa superficie. Au point de devenir, selon les défenseurs de l’environnement, l’une des forêts les plus menacées du Brésil.

« Far West »

Comment en est-on arrivé là ? Pour comprendre, il faut s’extraire de la jungle. Remonter les pistes du Rondônia, cet Etat brésilien qui, en trois décennies, a déjà perdu la moitié de sa couverture forestière. Longer d’interminables pâturages, où paissent par milliers les nélores, ces bœufs bossus à robe grise, prisés par les éleveurs d’Amazonie. Jusqu’à ce que, soudain, au milieu de rien ou presque, surgisse une ville : Rio Pardo. En portugais, « rivière obscure ». Un sacré nom, là encore, pour la capitale locale de la déforestation.

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