« Si tu dis quelque chose, on te ferme aussitôt la bouche »

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Mardi 15 octobre, 13 millions d’électeurs ont été appelés aux urnes dans un pays gouverné par le même parti, le Frelimo, depuis quarante-quatre ans.

Par Publié aujourd’hui à 18h00

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Des Mozambicains font la queue pour voter lors des élections présidentielle, législatives et provinciales à Maputo, le 15 octobre 2019.
Des Mozambicains font la queue pour voter lors des élections présidentielle, législatives et provinciales à Maputo, le 15 octobre 2019. Grant Neuenburg / REUTERS

Le Mozambique a trouvé la recette pour transformer un mardi en dimanche. En ce jour d’élections générales, où 13 millions d’inscrits sont appelés à se choisir un chef de l’Etat, deux-cent-cinquante députés et les représentants de dix assemblées provinciales, Maputo était, le 15 octobre, une ville morte, sans circulation, ni commerce, ni administration. Un jour férié sur l’ensemble du pays et notamment à Matola, la banlieue travailleuse de la capitale.

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Ici, les jolies maisons de l’époque coloniale et les jardins proprets ont été transformés en structures d’acier et de béton. Dans cette zone se concentrent le port et la majeure partie des industries qui cernent Maputo. Une chose en revanche ne change pas : l’omniprésence des photos du président sortant, Filipe Nyusi, qui selon toutes les prédictions devrait être reconduit pour un mandat de cinq ans, et des drapeaux du Front de libération du Mozambique (Frelimo) au pouvoir depuis l’indépendance, il y a quarante-quatre ans. Trouver trace d’une affiche d’Ossufo Momade, le candidat de l’ancienne rébellion de la Résistance nationale mozambicaine (Renamo), ou de Daviz Simango, le troisième homme, à la tête du Mouvement démocratique du Mozambique, relève du travail d’enquête.

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Cette invisibilité n’est pas pour autant synonyme d’impopularité. « Il est temps que cela change. C’est comme si, depuis toujours, nous buvions la même boisson. Après toutes ces années à ne boire que du Coca, laissez-nous essayer un peu le Fanta », s’amuse Daniel, dans l’attente d’effectuer son devoir d’électeur à l’école Tunduro de Matola. « La santé, les transports, l’éducation sont une catastrophe et, si tu dis quelque chose, on te ferme aussitôt la bouche », ajoute ce gaillard de 35 ans qui aimerait trouver un emploi dans l’une des multinationales développant des projets gaziers dans l’extrême nord du pays. Qui gérera la manne de milliards d’euros qui promet, au mieux, de faire basculer l’économie du pays dans une autre dimension ou, au pire, de garnir les seules poches des dirigeants ? C’est là que se trouve le principal enjeu de ces élections.

« Le vainqueur prend tout »

A cela, Jorge, un fonctionnaire de 51 ans, rétorque, sans cacher son goût pour « la stabilité », que seul le Frelimo a « l’expérience nécessaire » du fait de ses quarante-quatre années au pouvoir. « C’est grâce au Frelimo que notre pays s’est développé, mais notre retard est de la faute de la Renamo qui nous a déclaré la guerre », juge-t-il.

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