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Le 12 octobre, le jeune informaticien Serge Abraham Thaddée présentera au grand public la démonstration d’« African Heroes », le premier jeu vidéo intégralement conçu en Guinée par un Guinéen, et qui vise à promouvoir les grands héros du continent.
Une jeune Guinéenne pousse la porte du bureau de Serge Abraham Thaddée, aménagé sur l’espace de l’incubateur de startups Saboutech de la Bluezone de Dixinn, construit par le groupe Bolloré à Conakry. « C’est chez moi, à Pita, je reconnais bien l’endroit », affirme-t-elle, l’indexe sur l’écran d’ordinateur de son ami informaticien qui travaille sur les créations virtuelles de son nouveau jeu vidéo.
Des herbes vertes sous les cocotiers, un cours d’eau en forme zigzag serpentant des falaises, un petit sentier qui se perd dans la brousse… Le paysage ressemble effectivement à la ville située dans le massif du Fouta-Djalon, d’où elle est originaire, mais l’image représente une partie de la région de la Basse-Guinée.
« Briser le mythe des créations occidentales »
À la place des gratte-ciels, des autoroutes et autres complexes luxueux des habituels jeux vidéos, African Heroes plonge pour sa part le joueur dans l’univers sauvage d’Afrique, et plus particulièrement de Guinée.
« Le but est de valoriser la culture guinéenne. Au départ, on envisageait plutôt de faire des bandes dessinées, des séries de dessins animés sur des grands hommes qui ont servi le pays », explique Serge, 26 ans. Le déclic a eu lieu lors d’une visite de la ville historique de Boffa, située à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Conakry. Entre une multitude de vestiges, Boffa abrite un port négrier qui « a transporté plus d’esclaves que l’île de Gorée» au Sénégal, bien que les chiffres varient d’une étude à l’autre.
« C’était un choc quand j’ai vu que l’île située dans la baie de Dakar attire plus de touristes, monétise son port, regrette Serge. J’ai dit à mon équipe que notre pays avait du potentiel et qu’il fallait le mettre en lumière à travers un nouveau concept ». C’est ainsi que l’idée d’un jeu vidéo est née. « Le but de l’entreprise est de briser le mythe autour de certaines créations occidentales. Il fallait inventer des environnements, mettre en place des scénarios ».
Ludique et pédagogique
African Heroes met en avant la culture ancestrale africaine à travers les résistants à la colonisation et les héros de l’indépendance. Il est subdivisé en plusieurs modes.
Le premier, « Destin », retrace l’histoire de M’balia Camara, une militante guinéenne tuée durant les luttes d’indépendance, en 1955. Dans sa vie virtuelle, le combat de l’héroïne vise à retrouver le célèbre masque Nimba – qui fut offert au président Ahmed Sékou Touré en 1960 avant d’être dérobé puis retrouvé -, la contraignant à en découdre avec certains personnages comme la déesse des eaux, Mami Wata.
Nous essayons de rendre les endroits plus réalistes et mettons en lumière des grands héros africains qui ont réellement existé
Le second, « Honneur », permet pour sa part d’être aux prises avec les plus grands guerriers d’Afrique et offre la possibilité de jouer à plusieurs, via un système Bluetooth. Sur les pas de l’historien sénégalais Cheikh Anta Diop, Serge a poussé ici son imaginaire jusqu’à la réhabilitation de pharaons noirs d’Égypte ou du roi zoulou Chaka, devenus des personnages du jeu. « Nous travaillons à ce que le jeu soit universel et concurrence les productions occidentales. Nous essayons de rendre les endroits plus réalistes et mettons en lumière des grands héros africains qui ont réellement existé », explique l’informaticien.
Grâce à cette créativité, African Heroes a remporté, en mars dernier, le premier prix de la deuxième édition « Challenge Startupper de l’année », organisé par Total Guinée.
Difficultés financières et techniques
Pour créer de tels scénarios, Serge a travaillé dur. Diplômé en génie informatique de l’Université international collège, établissement privé de Conakry, il s’est spécialisé en animation 3D, chaire non encore proposée par le cursus universitaire guinéen. Il a donc dû combler le vide par des cours en ligne.
En ce qui concerne son équipe, le jeune homme a fait appel à de jeunes lycéens et étudiants, excités de participer à l’aventure, mais aussi à trois autres professionnels, spécialisés dans la programmation et les technologies d’animation. Il a ensuite crée la Réunion des innovateurs pour le développement de la technologie (RIDE-Tech) qui deviendra Africa News.
Désormais, l’équipe a été réduite à trois personnes mais Serge fait face à des difficultés financières et techniques. Alors qu’il a déjà dépensé 10 000 euros sur fonds propres, le jeune homme a encore besoin de 55 000 euros pour financer la finalisation de son oeuvre. Ainsi, il espère attirer des bailleurs lors de la présentation publique de la version démo d’African Heroes, au Centre culturel franco-guinéen, à la Bluezone de Kaloum, ce 12 octobre.
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