Pigasse signe une version modifiée du droit d’agrément, Niel propose de transformer leur société en fondation

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Xavier Niel suggère d’apporter 100 % du capital de LML, la société qu’il contrôle avec Matthieu Pigasse, au sein d’une fondation afin de « sanctuariser l’indépendance » du groupe Le Monde.

Par Publié aujourd’hui à 10h07, mis à jour à 14h55

Temps de Lecture 3 min.

Après d’intenses négociations, Matthieu Pigasse a accepté, jeudi 19 septembre, de signer une version modifiée du droit d’agrément réclamé par les rédactions du Groupe Le Monde depuis l’entrée surprise de l’industriel Daniel Kretinsky comme actionnaire minoritaire en octobre 2018. Cette annonce a été suivie d’un communiqué de l’autre co-actionnaire du groupe, Xavier Niel, qui propose de faire basculer la structure de contrôle, Le Monde libre (LML), qui détient 75 % du groupe de presse dans une fondation. « Xavier Niel proposera que le conseil, le directoire et le pôle d’indépendance travaillent ensemble à un dispositif permettant d’apporter 100 % du capital de LML au sein d’une fondation afin de sanctuariser son indépendance », écrit le fondateur de Free dans un communiqué.

Xavier Niel se dit prêt, par ailleurs, à racheter aux côtés de Matthieu Pigasse la moitié des parts du groupe de presse espagnol Prisa, détenteur de 20 % du capital de LML en proposant que « Matthieu Pigasse et lui-même prennent aujourd’hui l’engagement formel d’apporter ces titres au pôle d’indépendance », ce dernier représentant les salariés et les lecteurs du groupe Le Monde. Il répond ainsi au communiqué envoyé plus tôt dans la matinée de jeudi par Matthieu Pigasse : dans ce texte, celui-ci annonçait la signature du droit d’agrément mais n’entendait pas pour autant renoncer au rachat en cours des titres de Prisa. Il proposait d’associer M. Niel, à parts égales, à cette opération.

Dans sa réponse, le fondateur de Free se dit prêt à participer à cette opération à condition que les parts de Prisa soient remises au pôle d’indépendance afin de renforcer sa place dans l’actionnariat, et ce pour rester « fidèle à l’esprit de Pierre Bergé ». En 2010, Pierre Bergé avait en effet donné 11 millions d’euros au pôle d’indépendance, ce qui avait permis aux représentants des salariés et des lecteurs de détenir 25 % du capital du groupe de presse. « Avec cet engagement formel d’apporter les titres Prisa au pôle, un document commun et identique pourra définitivement formaliser le droit d’agrément », écrit Xavier Niel. Contacté, ce dernier suggère d’apporter ces parts « pour un euro symbolique ».

Le pôle d’indépendance du Groupe Le Monde a réagi à ces annonces : « La version de l’accord proposée par le pôle d’indépendance et signée par Xavier Niel aplanissait tous les problèmes. Celle dont Matthieu Pigasse annonce la signature diffère et ne traite pas le sujet central de l’acquisition des parts de Prisa dans LML et du passage en force dont relève cette opération. La proposition faite par Xavier Niel d’une acquisition des parts de Prisa par Matthieu Pigasse et lui-même afin de les donner au pôle d’indépendance préserve l’équilibre de la gouvernance tout en renforçant les droits du pôle. »

Un prix plancher garanti

Depuis cet été, les parts de Prisa font l’objet d’une discorde. En octobre 2018, au moment où Matthieu Pigasse confirmait avoir cédé 49 % de sa société Le Nouveau Monde à Daniel Kretinsky, il s’était engagé à accorder un droit d’agrément au pôle d’indépendance et à ne procéder dans l’intervalle à « aucun mouvement capitalistique ». Or, en juillet 2019, alors que les négociations continuaient d’avoir lieu, M. Pigasse avait annoncé être entré en négociations exclusives avec Prisa afin de reprendre sa participation pour, selon nos informations, un montant de 15 millions d’euros.

Sur la question du droit d’agrément, un obstacle important avait été levé un peu plus tôt dans la semaine, celui du prix auquel le pôle pourrait aller chercher un repreneur, dans l’hypothèse où celui présenté par l’actionnaire serait refusé. Longtemps, Matthieu Pigasse a souhaité que le pôle le fasse « au prix de marché », autrement dit au prix de l’opération conclue entre MM. Pigasse et Kretinsky, et qui valorise leur société commune (LNM) à hauteur de 101 millions d’euros. De son côté, le pôle d’indépendance voulait qu’en cas de désaccord, un expert évalue l’actif et afin d’en avoir une évaluation objective.

Au final, Matthieu Pigasse a obtenu des concessions lui permettant de sécuriser ses investissements réalisés dans le groupe de presse. Depuis 2010, il aurait injecté 57 millions d’euros dans Le Monde libre, qui coiffe le groupe Le Monde et L’Obs. Cette somme serait donc garantie via un prix plancher pour le banquier d’affaires. C’est sur cette base que M. Pigasse a annoncé avoir signé le « droit d’agrément ». Une assemblée générale des salariés doit se tenir cet après-midi dans les locaux du Monde.

Lire aussi Comment l’actionnariat du Groupe Le Monde est organisé

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