« En Afrique, Robert Mugabe n’était pas un paria » – JeuneAfrique.com

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Héros de la lutte pour l’indépendance ou autocrate brutal ? Quelle image laissera l’ancien président zimbabwéen, décédé le 6 septembre ?

Robert Mugabe a raté sa sortie. Le président aux mille masques, l’acteur incontournable de la scène panafricaine, dont le nom reste intimement mêlé à celui de son pays, est mort seul, loin de chez lui, le 6 septembre.

Dans cette clinique de Singapour où, à 95 ans, il avait pris l’habitude de faire soigner son cancer de la prostate, entendait-il encore les hurlements de joie qui avaient envahi les rues de Harare à l’annonce de sa démission forcée, en novembre 2017 ? Il n’était déjà plus qu’un vieillard s’accrochant désespérément à un fauteuil sur lequel il n’arrivait même plus à monter seul. L’autocrate qui avait tant usé de la violence ne parvenait plus à faire peur. L’insatiable provocateur ne faisait plus sourire.

Trente-sept ans après son arrivée au pouvoir, qu’il semblait loin le héros de l’indépendance, le détenu des prisons du pouvoir blanc de Ian Smith, le combattant de la brousse de Rhodésie, courage et revolver accrochés à la ceinture. Le libérateur laisse un pays à genoux, livré aux mains de ses anciens lieutenants, au premier rang desquels son ex-vice-président, Emmerson Mnangagwa. Après l’heure des hommages viendra celui des comptes. L’historien Achille Mbembe livre, depuis l’Afrique du Sud où il est installé, son regard sur le dernier des pères des indépendances africaines, entre libérateur et dictateur, du garçon de Kutuma au « Comrade Bob ».

Jeune Afrique : Libérateur ou dictateur, quel Robert Mugabe l’histoire retiendra-t-elle ?

Achille Mbembe : Robert Mugabe a été un homme à plusieurs visages. Il a été un grand combattant, et son apport aux luttes de libération est ineffaçable. Il est également celui qui a présidé à l’effondrement économique et moral de son pays. Ces faces sont intimement liées, car il y a un point sur lequel il a été constant. Tout au long de sa vie, Robert Mugabe a cru en la violence. Pour lui, c’était indissociable de la politique.



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