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Le comédien, élu triomphalement en avril à la tête du pays, a évoqué le problème de l’émigration de masse, vendredi 13 septembre lors de la conférence YES, qui réunit chaque année de hautes personnalités politiques et intellectuelles.
Le thème choisi cette année, curieusement pour un pays en guerre, était le bonheur. Le milliardaire ukrainien Viktor Pinchuk, organisateur depuis seize ans de la conférence YES (Yalta European Strategy), qui a dû migrer de Yalta à Kiev après l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, s’est défendu de toute naïveté. Après tout, a-t-il rappelé, l’hymne européen n’est-il pas l’Ode à la joie ?
Le visage pâle et grave du premier orateur, vendredi 13 septembre, n’était d’ailleurs pas exactement celui du bonheur. Tout juste libéré à la faveur d’un échange de prisonniers avec la Russie, le cinéaste Oleg Sentsov a raconté comment il avait « lutté pour sa dignité » pendant ses cinq ans de détention, dont 145 jours de grève de la faim, brandissant le pot de thé qu’il avait décoré aux couleurs du drapeau ukrainien et qu’il a conservé avec lui, de prison en prison, comme un défi à ses geôliers. Originaire de Crimée, le cinéaste avait été condamné par Moscou à vingt ans de détention pour « terrorisme ».
Mais le « bonheur » ne fait pas peur au président Volodymyr Zelensky, 41 ans, élu en avril à la tête de l’Ukraine avec son seul talent de comédien comme bagage. « Suis-je heureux d’être président ?, a-t-il demandé. Pas sûr. Mais je suis heureux d’être le président de l’Ukraine. » Pour son discours, il est allé chercher de l’inspiration « sur Facebook », a musardé sur Jean-Jacques Rousseau et Desperate Housewives, et a fini par conclure que le bonheur, « c’est une famille heureuse à la table du dîner ».
Les absents du dîner
Malheureusement, a-t-il poursuivi, à la table du dîner d’une famille ukrainienne, il y a des chaises vides. Celle, d’abord, de ceux qui sont morts au combat dans le Donbass. Celle, ensuite, des travailleurs émigrés ; leurs mandats, certes, sont bienvenus, mais « quand la pauvreté pousse des titulaires de doctorat à partir pour ramasser des pommes », c’est un frein au bonheur. Trop de gens autour de cette table ont envie de partir, juge le président : les grands-parents aux retraites misérables et les jeunes qui veulent faire leurs études ailleurs. Et puis il y a le neveu qui a monté une petite affaire mais qui ne paie pas ses impôts, « à l’ukrainienne ».
Trois choses sont donc « fondamentales » pour le bonheur des Ukrainiens, a résumé le président Zelensky : « recouvrer nos territoires », « ramener nos émigrés » et « vaincre la corruption ». Pour le premier objectif, il compte sur la diplomatie, mais a jugé bon de rappeler, à l’adresse des nombreux étrangers présents, que les sanctions contre la Russie restaient « l’arme la plus puissante » : « vous perdez de l’argent, mais nous, nous perdons des gens ». Il est « sûr » qu’un sommet quadripartite avec Vladimir Poutine, Emmanuel Macron et Angela Merkel pourra se tenir fin septembre à Paris ; il affirme avoir « plusieurs idées » pour récupérer la Crimée, mais « il est trop tôt pour en parler ». Pour les deux autres objectifs, il lance une batterie de réformes tambour battant.
Le contraste avec son prédécesseur Petro Porochenko est saisissant, dans le style et dans le choix des sujets évoqués, comme celui des millions d’émigrés. Nul n’ose encore parier sur les chances de réussite de ce président pas comme les autres. Mais pour l’instant, à en croire les sondages, il est aussi populaire que la série télévisée qui l’a rendu célèbre, Serviteur du peuple.
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