A Bialystok, une « Marche de l’égalité » sous le signe de la peur

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Bastion du nationalisme polonais, la ville a accueilli, hier, la première manifestation pro-LGBT de son histoire. Un rassemblement qui s’est déroulé sous tension.

Par Publié aujourd’hui à 06h34

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Des supporters de foot scandent des messages homophobes lors d’une contre-manifestation à Bialystock (Pologne), le 20 juillet.
Des supporters de foot scandent des messages homophobes lors d’une contre-manifestation à Bialystock (Pologne), le 20 juillet. JAN KOWALSKI POUR “LE MONDE”

Samedi 20 juillet, à 14 heures, sur la colline surplombant la place centrale de Bialystok, le monument aux héros de guerre portant la devise polonaise « Dieu, Honneur, Patrie » est occupé. Un millier de supporters de football « ultras » du club local, proches des groupuscules nationalistes, jeunes hommes musclés et alcoolisés pour la plupart, aux regards haineux, n’ont pas l’intention de se laisser disperser. Des messages homophobes sont diffusés par mégaphones. En face, plusieurs cordons de police, en mobilisation exceptionnelle, sont équipés pour faire face aux plus graves des débordements.

Au même endroit, à 14 h 30, doit débuter la première « Marche de l’égalité » de Bialystok, la version polonaise de la Gay Pride. Bialystok est la dernière capitale régionale où cette manifestation n’a jamais eu lieu. Un symbole. La Podlachie, région à l’extrême est du pays, est réputée pour son fort conservatisme et pour être un bastion historique du nationalisme polonais. Face à la « Marche de l’égalité », pas moins de soixante contre-manifestations ont été signalées : nationalistes, ultra-catholiques, « marche pour la famille » organisée par le préfet et des membres du parti ultraconservateur Droit et justice (PiS), au pouvoir à Varsovie. Personne ne sait au final si toutes ces manifestations se tiendront et quel sera le rapport de force.

Une ville au passé multiculturel

Dès l’arrivée des premiers manifestants aux couleurs arc-en-ciel, l’atmosphère vire au cauchemar. Après quelques bousculades et insultes, la parade commence sa route tant bien que mal, encadrée étroitement par les forces de l’ordre. Une foule, composée essentiellement de jeunes hommes survoltés, mais aussi de moins jeunes curieux, ou de familles, suit la marche avec son flot de huées et de violences verbales extrêmes. La haine à l’état pur raisonne dans les rues de Bialystok comme des cris de ralliement dans des tribunes sportives. Des œufs, des pierres, des bouteilles et des dizaines de pétards sont projetés en direction des sympathisants LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres). Un pot de fleur sera jeté d’un balcon. A plusieurs reprises, le drame sera évité de justesse.

Les participants à la « Marche de l’égalité » sont terrorisés. Wiktoria Brzezicka, 28 ans, s’était habillée pour faire la fête. Elle est en larmes. « Je me sens impuissante. J’ai honte de la ville où je suis née. Je suis partie d’ici il y a longtemps, vivre à Varsovie, où je me sens en sécurité. Ici on ne peut pas vivre, cette ville est malade. » Elle tient une banderole : « Bialystok, fière depuis des siècles. De sa diversité. » Une référence au passé multiculturel de la commune, où, il y a encore 80 ans, on parlait yiddish, polonais, lituanien, russe, biélorusse, ukrainien et allemand, et où l’on vivait dans une relative harmonie. Ludwik Zamenhof inventa ici l’espéranto, à la fin du XIXe siècle. Une autre époque, que la seconde guerre mondiale a réduite en cendres.

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