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La société est hostile au projet, mais le royaume est dépendant de l’aide américaine.
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La prière vient de s’achever à la mosquée Al-Husseini, dans la vieille ville d’Amman. Tandis que des commerçants rouvrent les rideaux de fer de leur magasin, des manifestants se regroupent dans la rue attenante, vendredi 21 juin. Ils sont près de 2 000 à dénoncer la tenue de la conférence économique de Manama promue par les Etats-Unis, prévue les 25 et 26 juin. Elle est censée être le prélude au « deal du siècle » – l’initiative de l’administration Trump sur le conflit israélo-palestinien.
« Non à la normalisation [avec Israël] », « à bas la conférence de Bahreïn » sont parmi les slogans écrits sur des pancartes ou scandés, lors de cette mobilisation à l’appel du Front d’action islamique, l’aile politique des Frères musulmans. La marche est encadrée par les forces de sécurité. Quelques heures plus tard, d’autres protestataires à Amman, à l’appel de la gauche, appellent au boycottage de la conférence de Manama. « La Jordanie n’est pas à vendre, la Palestine n’est pas à vendre. »
Si les Etats-Unis ont annoncé, à la mi-juin, la participation du royaume hachémite, allié majeur dans la région, Amman s’est jusqu’ici gardé de la confirmer. « C’est habituel que la Jordanie attende la dernière minute pour afficher ses intentions. Mais les autorités ont aussi entretenu le flou pour éviter plus de remous sur la scène intérieure », explique Zaid Nawaiseh, un analyste politique.
« Suicide politique » pour le roi
Le pouvoir hachémite se retrouve face à une équation complexe. La société est largement hostile au projet américain, et la crise économique nourrit déjà le mécontentement. Mais il dépend de l’aide étrangère, ce qui limite sa marge de manœuvre. Les Etats-Unis, qui fournissent chaque année une aide militaire et économique massive (1,3 milliard de dollars en 2017, soit 1,1 milliard d’euros), exercent de fortes pressions pour qu’Amman se joigne à « l’atelier de travail » organisé à Bahreïn.
Intitulée « de la paix à la prospérité », la conférence de Manama est présentée comme purement économique, mais cela ne trompe personne. Ce préambule au volet politique qui se fait attendre du plan américain fait ressurgir une crainte en Jordanie, où la moitié de la population est d’origine palestinienne : que le royaume serve de « patrie de substitution » dans le règlement du conflit israélo-palestinien, avec un nouvel afflux de réfugiés. « Cette peur est aujourd’hui renforcée, car c’est la première fois qu’une solution à deux Etats n’est plus l’option privilégiée par l’administration américaine. Et les Israéliens n’en veulent pas non plus, s’ils y ont jamais été favorables par le passé. L’administration Trump est très idéologique, et ignorante des réalités du Proche-Orient. Dans cette configuration, la Jordanie craint que le conflit ne soit résolu à ses dépens », souligne Marwan Muasher, vice-président de la recherche au centre de réflexion Carnegie, et qui fut le premier ambassadeur jordanien en Israël, après la signature en 1994 du traité de paix entre les deux pays.
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