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Le choix de la répression par les dirigeants chinois en mai et juin 1989 explique dans une certaine mesure le caractère pacifique des événements de l’automne en Europe de l’Est, estime dans une tribune au « Monde » Pierre Grosser, historien spécialiste des relations internationales.
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Tribune. L’anniversaire des mouvements de contestation du printemps 1989 en Chine et de leur répression est bien plus célébré trente ans après qu’il ne le fut en 1999 ou en 2009. L’espoir d’une évolution du régime communiste vers davantage de démocratie ayant pratiquement disparu, les individus qui ont symbolisé cet espoir, avant tout en Occident et à Hongkong, deviennent les icones d’une voie qui n’a pas été prise.
La coïncidence avec le centenaire du mouvement du 4 mai 1919 – soulèvement des étudiants chinois contre les prétentions du Japon sur leur pays – fait plus encore regretter qu’une jeunesse intellectuelle militante échoue à faire évoluer le régime en place. Mais faut-il penser 1989 en Chine seulement en fonction de l’histoire du pays, ou bien en fonction de l’histoire de l’année 1989 ?
Dans la première hypothèse, il faudrait également se rappeler que la visite de Mikhaïl Gorbatchev à Pékin en mai 1989, si elle a contribué au durcissement des positions à la fois des manifestants et du pouvoir, constitue une étape essentielle du rapprochement sino-soviétique. Celui-ci s’est poursuivi après la chute de l’Union soviétique, dont le pouvoir a tiré bien des leçons (aller plus loin dans les réformes économiques, limiter les réformes politiques et surtout préserver le Parti à tout prix).
Relier les événements de l’est de l’Europe à ceux de Chine
Malgré les nombreuses voix qui continuent d’annoncer que les liens sino-russes sont de circonstance, face à l’hégémonie américaine, et que ces liens ne pourront résister à l’inversion historique de puissance entre la Russie et la Chine, la relation entre Moscou et Pékin se porte bien, et semble même aujourd’hui se renforcer. Le rapprochement sino-russe résulte donc moins des sanctions occidentales à l’égard de la Russie depuis 2014, que de dynamiques entamées dans les années 1980.
Surtout, il faut relier les événements à l’est de l’Europe et ceux qui se déroulent en Chine. D’une part, les seconds sont liés aux premiers. Si Gorbatchev méprise les réformes chinoises, les réformes gorbatchéviennes inquiètent Pékin. Elles sont tenues responsables des concessions faites par le pouvoir communiste polonais à une alliance entre ouvriers et intellectuels, à travers le syndicat Solidarnosc. Cette alliance est un cauchemar pour Pékin, où l’on s’inquiète de la tenue des premières élections libres en Pologne, le 4 juin 1989.
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